Tire-fesses de Grandvillard
Des assiettes à cent sous
Les deux saisons précédentes, le ski-lift de Grandvillard n’avait plus fonctionné à cause du manque de neige. Mais, cet hiver, les assiettes de Praz-Jean Catillaz tournent à plein régime. A l’heure des grands investissements dans les Préalpes fribourgeoises, reportage dans une station où la carte journalière est encore à cinq francs pour les enfants…
Grâce à la neige de ce début de saison, le téléski de Grandvillard est déjà ouvert depuis quinze jours (photo Christophe Dutoit)
A Grandvillard, les enfants skient pour cent sous l’après-midi. «Et les adultes pour six francs. Par contre, on ne propose pas d’abonnements de saison, c’est trop risqué», s’excuse presque Frédy Pittet, le président du ski-club propriétaire des installations de Praz-Jean Catillaz. «Au début de l’hiver, on a dû augmenter notre carte journalière d’un franc, car on n’a pas pu ouvrir un seul jour durant les deux dernières saisons!» Sur un léger dévers entre la cascade et la route de la chapelle du But, le téléski de Grandvillard est une institution villageoise qui se monte et se démonte chaque année. «On compte un samedi entier et une vingtaine de personnes pour assembler les quatre pylônes et tendre le câble», dit le président. A cela s’ajoutent encore quelques heures de réglages et le transport – depuis le terrain de foot – du Cotub qui fait office de buvette… Mardi après-midi, une cinquantaine de skieurs en herbe dévalaient la pente damée sous un soleil revigorant. Cet hiver, la station a déjà fonctionné durant quinze jours. «Si les conditions météo sont bonnes à carnaval, on peut battre le record de 27 jours ouverts en une seule saison!» En cas de bénéfices, l’argent récolté sert à financer le camp et les sorties avec les enfants. Pour le ski-club, l’ouverture du téléski coûte environ 1500 francs de frais fixes, y compris les assurances obligatoires. «Ça dépend si on fait le plein de la chenillette au début ou à la fin de la saison…» rigole Jean-Pierre Carnielli, préposé à la buvette. Car la station de l’Intyamon possède sa propre dameuse: «On l’a achetée d’occasion aux Pléiades il y a quelques années. Ici, on lui demande un peu moins d’efforts…»
2000 fr. d’investissements
Tandis que les grandes stations fribourgeoises s’apprêtent à débourser 58 millions de francs dans leurs infrastructures, le Ski-club de Grandvillard espère simplement «rentabiliser» les 2000 francs investis cet automne… «On se débrouille tout seuls, on n’a jamais demandé d’argent, même pas à la commune…» sourit Frédy Pittet.
Par contre, les assiettes sont astreintes aux mêmes exigences de qualité que leurs grandes sœurs. «Il y a eu un vent de panique au début décembre, raconte le président. L’organe de contrôle nous a en effet retiré notre concession et nous a demandé d’installer un système de télésurveillance. On a dû trouver des solutions très rapidement et on a reçu le feu vert pour l’exploitation la veille de l’ouverture…»
Une centaine de bénévoles
A Grandvillard, le remonte-pente tourne durant les vacances scolaires, les week-ends et les mercredis. «On ouvre seulement l’après-midi, comme ça on profite bien du soleil», rigole Isabelle, une des cent bénévoles qui œuvrent à la bonne marche des installations. Un tire-fesses d’occasion – acheté à Bellegarde voici une quinzaine d’années – qui se montre parfois capricieux. «Mardi, le câble est sorti d’une poulie et j’ai dû réparer dans l’urgence», explique Frédy Pittet, ancien gardien de football et doublure de Pierre Cottier durant les grandes années du FC Bulle.
Si les assiettes fonctionnent depuis une quinzaine d’années, la station de Grandvillard possède une bien plus longue histoire. «Dans les années 1960, le ski-club avait deux “bananes” à Pra-Châtelain, sur la route de Bounavaux. C’était toute une histoire pour y monter avec un vieux Dodge de l’armée…»
Ressemer au printemps
Plus tard, la «banane» a encore été déplacée près de la chapelle du But. «A Praz-Jean Catillaz, la situation est idéale. On s’entend très bien avec les quatre propriétaires de terrain sur lequel se trouve la piste.» En fin de saison, les skieurs font tout leur possible pour rendre le pré comme ils l’ont trouvé: «On a déjà dû ressemer de l’herbe à certains endroits où le ratrack avait creusé la pente…»
Avec plus de 300 mètres de longueur, la piste de Grandvillard est chaque année le théâtre de soirées nocturnes et du traditionnel slalom géant pour enfants (prévu le 8 février prochain). «On piquette une vingtaine de portes et les gamins sont aux anges», se réjouit Frédy Pittet. «Mais nous avons arrêté de faire de la compétition. Les bons skieurs, on les envoie au Ski-club Vudallaz!»
Adapté pour les tout-petits
«La piste n’est pas trop pentue et il n’y a pas de bosses: c’est idéal pour les enfants!» Comme beaucoup de jeunes parents, Eric apprend à skier à sa fille Zoé sur la piste de Grandvillard. «En station, on paie vite 50 francs pour une journée. Ici, les tarifs sont abordables, car tout le monde travaille bénévolement.» Même son de cloche du côté d’Olivier et de son fils Mathieu: «C’est plus long qu’une simple “banane” et la piste est vraiment adaptée aux petits», explique cet habitant d’Estavannens venu en voisin.
Dans la bouche des parents présents mardi à Grandvillard, un maître mot: convivialité. «C’était un de mes buts lorsque j’ai repris la présidence du ski-club, il y a dix ans, affirme Frédy Pittet. On est tenu de faire quelque chose pour nos enfants.» Et, comme le diraient certains papas: «Si nos gamins en ont assez après trois descentes, il y a toujours la buvette…»
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| 3 janvier 2009 |


