Musée à Granges-Paccot
Le temple du train électrique
Un décor de carte postale, un réseau ferré long de deux kilomètres, une centaine de trains miniatures. Les Chemins de fer du Kaeserberg ouvrent leurs portes dans une semaine. Leur chef de gare, Marc Antiglio, installé en Gruyère, a mis dix-sept ans à réaliser son rêve d’enfant, à Granges-Paccot. Visite de ce musée de la démesure.
Marc Antiglio, concepteur et président de la fondation des Chemins de fer du Kaeserberg, à Granges-Paccot
Un beau et vaste réseau miniature… Beaucoup d’enfants en ont rêvé en jouant au train électrique. Bien peu l’ont concrétisé. Et encore moins à ce point. Marc Antiglio, installé à La Roche, lui, a réalisé son rêve de gosse: «Je l’avais en tête depuis l’adolescence. Si j’avais pu le faire avant 50 ans, je l’aurais gardé pour moi tout seul. Mais j’ai eu envie de partager ma passion.»
Ingénieur de formation, entrepreneur à la retraite, après avoir dirigé une entreprise de génie civil de la place, ancien champion de sport automobile, le sexagénaire a mis dix-sept ans à concevoir et à faire réaliser par son équipe de modélistes ce qui est devenu un musée: les Chemins de fer du Kaeserberg, nom donné en hommage à un ami «trop tôt disparu» (La Gruyère du 3 janvier). Les amateurs du genre pourront en découvrir le panorama dans une semaine, le 31 janvier à Granges-Paccot, à côté de l’autoroute (sortie A12, direction Fribourg, puis 1re à droite et suivre les panneaux).
L’accueil, logé dans un cadre lumineux et ultramoderne, porte la signature de Roger Pfund et Didier Eltschinger, designer et architecte. L’ouverture des portes couronne des milliers d’heures au chevet de cette maquette 87 fois plus petite que la réalité. Un travail de titan rendu dans ses moindres détails par le film de l’EMAF, avec des Fribourgeois au générique, comme le musicien Max Jendly. Un espace didactique montre aussi l’envers du décor.
Sur la quinzaine de collaborateurs associés à l’aventure, cinq demeurent en place pour l’exploitation. Le pilotage du réseau ferré nécessite en effet deux ou trois opérateurs, dont Jacques Cherbuin, responsable de la construction et l’homme de la première heure.
Ici, la minutie confine à la maniaquerie (voir encadré). Des milliers de photos à l’appui, Marc Antiglio a recréé une Suisse imaginaire et idyllique, quoique fort proche du réel. La scène restitue l’atmosphère alémanique et grisonne d’un vendredi d’automne des années 1990.
Histoire de coller au plus près à la réalité helvétique, le matériel roulant reproduit la patine du temps et les salissures. Le dévers dans les virages a même été exagéré pour qu’il soit perceptible à l’œil nu… Soldats en cantonnement, chapiteau du cirque Knie et géraniums au balcon… Rien ne manque à la composition. Le soin du détail apporté à ce bijou de technologie est époustouflant. Jusqu’à l’hydrante au coin de la rue et les passages à niveau qui clignotent et se ferment au passage des rames. Il n’y a guère que le bruit des trains qui ne fait pas illusion.
Marc Antiglio, également pré-sident de la fondation du musée, compte attirer 25000 à 30000 personnes par an. Bémol: la réservation obligatoire par internet et l’achat des billets en ligne à l’adresse www.kaeserberg.ch. «Nous voulons garantir une visite de qualité, sans encombrement ni file d’attente à l’entrée.» Pas sûr toutefois que ce système convienne aux personnes de passage ou réticentes à utiliser leur carte de crédit de la sorte.
Un rêve sans prix
Quant à l’investissement nécessaire? «Quand on aime, on ne compte pas», esquive le modéliste. Vrai qu’un rêve d’enfant n’a pas de prix, même s’il se compte sans doute en millions.
Chiffres de la démesure
2 km de réseau sur 610 m2
17 années de construction
24 caméras vidéo de surveillance
300 locomotives et automotrices
1160 véhicules automobiles en décor
1250 wagons pour 87 trains
5400 arbres dans le paysage
6500 figurines dans la maquette
52000 m de fil et 4200 m de câbles
75000 clous pour fixer les rails
80500 connexions électriques
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| 24 janvier 2009 |


