Raphaël Chassot

Confirmer pour avancer

Auteur de temps supersoniques la saison dernière, Raphaël Chassot a bien l’intention de confirmer en 2009. Membre du cadre national 4 x 100 mètres en compagnie des meilleurs sprinters du pays, le Bullois voit s’ouvrir les portes des épreuves internationales. Rencontre avant les championnats de Suisse en salle.

Raphaël Chassot: «J’ai débarqué au stade de Zurich en salopettes. Et, quelques minutes plus tard,je me suis retrouvé à l’échauffement avec Usain Bolt, qui venait de gagner trois médailles d’or aux jeux Olympiques de Pékin» (photo Claude Haymoz)

 

Quand on parle sprint, on pense forcément au recordman du monde Usain Bolt ou à l’Américain Maurice Green. Des athlètes hors normes se pavanant sur le tartan tels des fauves devant la ligne de départ. Des stars quoi! Raphaël Chassot (23 ans) est lui aussi un sprinter. Et il est même plutôt bon! Membre du cadre national 4 x 100 mètres, le Bullois est pourtant loin de cette image d’athlète à paillettes. Certes, le Gruérien n’a aucun titre olympique ni record du monde à son palmarès mais, en Suisse, il s’est fait une place dans l’élite. Mais loin de lui l’idée d’adapter son caractère à celui de ses illustres acolytes.

A l’échauffement avec Bolt

Il aurait pourtant eu l’occasion de le faire au mois de septembre dernier, lorsqu’il a participé à la Weltklasse de Zurich. «J’ai eu la chance de participer à l’épreuve du 4 x 100 mètres avec l’équipe de Suisse, explique-t-il. A ce moment-là, j’ai pris conscience qu’il y avait un monde de différence entre les meilleurs sprinters du monde et moi-même. J’ai débarqué au stade de Zurich en salopettes. Et, quelques minutes plus tard, je me suis retrouvé à l’échauffement avec Usain Bolt, qui venait de gagner trois médailles d’or aux jeux Olympiques de Pékin! J’ai découvert cet univers guidé par l’argent. Il y avait des sponsors partout, la télévision.»

Raphaël Chassot a pris cet événement comme une récompense. Une reconnaissance de la Fédération nationale pour une année 2008 où il a explosé. Alors qu’il ne se consacrait qu’au décathlon il y a encore quatre ans de ça, le Bullois n’a cessé de progresser depuis sur les épreuves de vitesse pour s’immiscer dans le gratin du sprint helvétique. Champion de Suisse U23 cet été sur 100 m et 200 m, il a également pulvérisé son record sur 100 m en réalisant un temps 10’’57 (10’’70 en 2007). «Il faut avouer que j’ai énormément travaillé pour en arriver là. Je m’entraîne quatre à cinq fois par semaine, reprend le membre du SA Bulle. De plus, j’ai eu la chance de pouvoir effectuer une saison complète, sans blessure. Depuis deux ans maintenant, mes entraîneurs et moi-même avons adapté ma préparation par rapport à mon emploi de calorifugeur tôlier, qui me demande beaucoup physiquement.»

Il poursuit: «Maintenant que je fais partie du cadre national, je peux, en plus, bénéficier des conseils d’un entraîneur professionnel. Avec le Fribourgeois Pascal Mancini, on se rend une à deux fois par mois à Zurich pour nous entraîner avec les autres membres de cette nouvelle équipe. C’est très motivant de se retrouver avec les meilleurs du pays. De plus, mon entraîneur habituel Pierre-Bernard Fragnière m’accompagne. On a la chance d’apprendre beaucoup de choses. Ce qui nous permet de suivre une bonne ligne de conduite pour préparer au mieux la saison à venir.»

 

Tous les atouts de son côté

Personne n’en doute, Raphaël Chassot a un talent certain. Mais encore faut-il qu’il puisse l’exploiter de façon optimale. Ce qui n’est pas encore vraiment le cas actuellement. «Peu de membres de l’équipe de Suisse 4 x 100 mètres exercent un travail physique à 100%. Certains étudient à l’université alors que d’autres, comme Pascal Mancini, ne se consacrent qu’au sport. Ils ont donc beaucoup plus de temps de récupération. D’un côté, je ne me bats pas à armes égales. C’est même incomparable.»

Pour palier cet handicap, le sprinter du SAB va innover cette année: «Je me suis arrangé avec mon patron pour travailler cet été à 80%. Ce sera la première fois que je bénéficierai de davantage de temps pour m’entraîner. J’espère que cette expérience sera concluante et qu’elle me permettra de progresser encore. Car, même en bossant à 100%, mes résultats 2008 ne sont pas si éloignés de ceux des meilleurs.»

 

A Barcelone en 2010?

Les pieds sur terre, Raphaël Chassot rêve pourtant d’atteindre les sommets en participant aux compétitions internationales ces prochaines années. «Comme les neuf autres cadres nationaux du 4 x 100 m, je suis en course pour les prochains championnats du monde à Berlin, en août. J’ai peu de chance d’y participer, mais je ne veux pas baisser les bras. Car, en 2010, il y a les championnats d’Europe à Barcelone. C’est sur cet événement que je mise beaucoup. C’est pourquoi la saison 2009 sera charnière. Je verrai bien si j’ai le niveau pour m’imposer ou non.»

Il est 19 h, Raphaël Chassot s’en va dans la nuit en direction du stade de Bouleyres. Un nouvel entraînement est au programme sur le tartan qu’il a dévettu de son manteau blanc à grands coups de pelle en compagnie des membres du SA Bulle. Les paillettes des grandes compétitions sont encore bien loins. Mais pour combien de temps?

 

Plus de chance sur le 200 m

Champion de Suisse U23 l’été dernier sur 100 m et 200 m, Raphaël Chassot s’attaque cette saison à un nouveau défi: celui de confirmer son excellent dernier exercice. Et le Gruérien est plutôt bien parti. Il y a deux semaines à Aigle, il s’est emparé du titre de champion romand du 50 m en salle, en un temps de 5’’93. «Plus que la victoire, c’est le chrono que j’ai réalisé qui me réjouit, sourit-il. La saison dernière, mon record était de 6’’00. C’est la preuve que le travail effectué cet hiver porte ses fruits.»

Pourtant, le fer de lance du SA Bulle avoue que sa forme optimale n’est pas encore au goût du jour. «Actuellement, je travaille beaucoup sur la résistance, pour me faire un bon fond physique. Plus j’avancerai dans la saison, plus les séances seront intensives et techniques.»

Ne doit-on pas alors s’attendre à des miracles lors des championnats de Suisse en salle, qui se dérouleront les 21 et 22 février à Macolin? «Mon objectif est d’atteindre la finale du 60 m et tenter de descendre sous la limite de 6’’90. Je ne pense pas avoir les moyens de monter sur le podium. Car je ne suis pas “fait” pour les épreuves en salle. Ma morphologie ne me permet pas d’exploser aussi rapidement qu’un Pascal Mancini par exemple, qui est plus petit que moi. Il me faut plus de temps pour me lancer. Et c’est ensuite que je peux faire la différence.»

C’est après cette analyse que Raphaël Chassot et ses entraîneurs ont décidé qu’il lui serait plus judicieux de persévérer sur 200 m. «C’est dans cette discipline que j’ai le plus de chance de gagner des titres en Suisse.»

Gagner des titres: voilà un objectif que le Gruérien compte bien atteindre. Pour cela, il effectuera au mois d’avril un stage d’entraînement avec l’équipe nationale en Afrique du Sud, avant de s’élancer sur les concours en plein air. «J’espère être au top lors des championnats de Suisse, en août, en passant sous la limite des 21’’ (n.d.l.r.: son record est de 21’’50). Je vais également prendre le départ de quelques épreuves de Coupe d’Europe avec l’équipe du 4 x 100 m.»

Un programme chargé qui ne lui fait pas peur: «Je sais que, maintenant, les attentes sont plus grandes. Mais j’ai la chance de ne pas sentir cette pression. Je cours juste pour mon plaisir. Actuellement, la seule question que je me pose est de savoir si le travail effectué cet hiver paiera au moment voulu, c’est-à-dire durant les championnats de Suisse.»

 

Raphaël Chassot en chiffres

2006

Vice-champion de Suisse espoirs du 400 m.

 

2007

Champion de Suisse juniors du 200 m.

Meilleur sprinter romand en salle (6’’00).

Meilleur temps sur 100 m: 10’’70

Meilleur temps sur 200 m: 21’’50

 

2008

Champion de Suisse U23 du 200 m.

Champion de Suisse U23 du 100 m.

Sixième des championnats de Suisse seniors du 100 m.

Meilleur temps sur 100 m: 10’’57

Meilleur temps sur 200 m: 21’’52

 

2009

Champion romand en salle sur 50 m (5’’93).

 

 

 

Valentin Castella

5 février 2009