H189

Ils n’avaient pas le choix

Les députés fribourgeois ont adopté le crédit additionnel de 26 mio pour la H189, au grand dam du PS qui demandait le renvoi du vote. Les travaux pourront se poursuivre. Un signal positif pour la Confédération, qui devrait assumer le reste des surcoûts.

Le crédit additionnel adopté, les ouvriers pourront continuer à œuvrer sur le chantier de la H189 (photo Claude Haymoz)

 

GRAND CONSEIL 

Les ouvriers de la H189 n’auront pas à ranger leurs outils prématurément. Hier matin, le Grand Conseil a évité le dérapage incontrôlé, en adoptant le crédit additionnel de 26 mio de francs, nécessaire à l’achèvement de la route d’évitement de l’agglomération bulloise. Ceci, au grand regret de la gauche qui demandait un report du vote, en attendant des informations complémentaires.

Devisée initialement à 215 mio, la facture de la H189 a progressivement gonflé, pour s’établir finalement à 302 mio. Déduction faite de l’indexation, le surcoût atteint 74,5 mio. En décembre, l’Office fédéral des routes (OFROU) a reconnu la quasi-totalité des surcoûts. Sous réserve de l’approbation par le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, Berne devrait assumer 69% de ce montant (50,1 mio de francs). Le solde, soit 26 mio de francs, étant à la charge du canton.

Deux débats distincts

Avant de se prononcer sur le crédit, les députés ont d’abord dû débattre du report pur et simple du vote. Pierre Mauron (ps, Riaz) et Benoît Rey (acg, Fribourg) ont en effet déposé une demande de renvoi, estimant que le Parlement ne pouvait se prononcer en connaissance de cause. Ils déploraient aussi l’incertitude autour de la participation de la Confédération et voulaient attendre les conclusions de la commission de finances et de gestion (CFG), chargée de l’enquête sur les responsabilités politiques.

Regrettant le manque de transparence et les réponses lacunaires des différentes commissions, l’avocat riazois a rappelé qu’il s’agissait de l’argent du contribuable et que, à ce titre, «les responsabilités politiques devront être établies». Les propos de Daniel de Roche (acg, Guschelmuth) ont, eux, illustré une certaine méfiance de la gauche envers la CFG. «Je comprends que ses débats soient couverts du sceau de la confidentialité. Mais les échos que nous recevons indiquent que la confiance nécessaire n’est pas là.»

Le «juste prix» de l’ouvrage

Le camp bourgeois s’est plu à répéter qu’il fallait éviter de mélanger le débat sur les responsabilités politiques et la demande de crédit. Autrement dit, demander le report de la discussion aurait signifié faire fausse route. «Nous devons nous prononcer sur un crédit d’engagement, rappelle Jean-Pierre Siggen (pdc, Fribourg). La CFG fait une analyse politique qu’il ne faut pas confondre avec l’analyse financière que nous avons sous les yeux.»

Président de la CFG, Pascal Kuenlin (plr, Marly) a assuré les députés que la commission ne cacherait rien. Mais qu’il fallait du temps. Sur la question du crédit, le député a fait preuve de mansuétude. «La quasi-totalité des travaux a été reconnue par la Confédération. Cela signifie que le coût global correspond au juste prix de l’objet.»

Intervenant en fin de débat, le directeur de l’Aménagement et des constructions, Georges Godel, a aussi promis que les députés avaient toutes les informations nécessaires.  «Un tsunami de cette importance, ça fait des vagues. Mais, après la débâcle, nous avons mis sur pied une nouvelle structure, réorganisé le projet, conformément à ce qui était suggéré dans l’audit.» Lors du vote, ce n’est pas un raz de marée, mais un non clair de la droite (66 contre 29 et 6 abstentions) au report qui permet au débat de se poursuivre.

Passé cet écueil, les députés n’avaient plus vraiment de choix. Comment refuser un crédit, qui aurait signifié, selon l’ingénieur cantonal André Magnin, la fin des travaux d’ici le mois d’avril? Satisfait de voir que la plupart des surcoûts étaient admis par la Confédération, Alex Glardon (pdc, Cugy) a regretté d’être ainsi mis devant le fait accompli.

Des dépassements agaçants

A l’instar de Heinz Etter (plr, Ried bei Kerzers), plusieurs députés n’ont pas caché leur agacement face aux dépassements répétés, observés sur les grands chantiers cantonaux. «On peut faire des fautes, mais il faut éviter de les répéter. Les excédents ne doivent pas devenir une fatalité. Ils ne doivent pas non plus prétériter d’autres projets.»

Le conseiller d’Etat Georges Godel a reconnu que ces surcoûts à répétition posaient problème. Et de rappeler le dernier exemple en date, la modification du carrefour de St-Léonard, qui augmentera le coût final du pont de la Poya. Le canton doit donc trouver un juste milieu, car «présenter des projets définitifs en votation augmente la masse de travail et les coûts d’étude».

Le crédit est finalement adopté par 79 députés, contre 9 et 10 abstentions. Traduction du malaise qui habitait vendredi matin les représentants de la gauche, leurs votes s’annulent (10 oui, 9 non et 10 abstentions).

 

 

Les partis se mêlent au débat

La demande de report du débat sur la H189 a avivé les tensions entre la gauche et le camp bourgeois. Chacun de leur côté, le PS et le PDC ont diffusé dans l’après-midi un communiqué pour dire tout le mal qu’ils pensaient de l’attitude de leurs adversaires.

Se réjouissant de l’approbation du crédit, le président cantonal du PDC, Emanuel Waeber, et le chef du groupe au Grand Conseil, Jean-Pierre Siggen, ont applaudi le travail réalisé depuis la découverte des surcoûts. Les députés dénoncent en revanche «l’attitude irresponsable du Parti socialiste». «Notre parti s’élève avec véhémence contre les sous-entendus et autre procès d’intention que la gauche adresse aux conseillers d’Etat chargés de ce dossier à l’époque.»

Appelant de ses vœux l’achèvement du chantier de la route de contournement de Bulle, le PS souligne qu’il donnera son aval «uniquement lorsque les responsabilités politiques du surcoût auront été mises au grand jour». Les socialistes déplorent donc l’adoption du crédit sans que tous les éléments importants du dossier soient connus. Ils rappellent que c’est par souci de transparence que la CFG s’est vu confier le mandat d’enquêter. «Au lieu de cela, la majorité bourgeoise du Grand Conseil a clairement privilégié aujourd’hui la voie de la “transparence opaque”.»

 

 

Nicolas Beer

14 février 2009