Opéra

Un Don Juan irrésistible…

Opéra d’Avenches. Mise en scène et cadre résolument modernes et innovateurs pour le Don Giovanni présenté cet été dans les arènes d’Avenches. De quoi bousculer le public.

 

 

Les arènes accueillent Mozart (après La flûte enchantée en 2003) avec une interprétation intemporelle de Don Giovanni. photos Claude Haymoz 

 

 

Le Festival d’opéra Avenches a choisi de sortir des sentiers battus pour sa 15e production. Accoutumées aux fastes de Verdi, les arènes accueillent Mozart (déjà à l’affiche en 2003 pour La flûte enchantée) avec une interprétation de Don Giovanni qui se veut intemporelle.

Rompant avec les mises en scène plutôt traditionnelles des années précédentes, la direction artistique a choisi la modernisation en faisant appel à Giancarlo Del Monaco pour la conception du décor, des costumes et de la mise en scène. Le concept se résume à la scène elle-même, un plan incliné sur lequel apparaît en impression la tête de Mozart, l’orchestre étant installé à droite. Cet agencement original offre un tableau très esthétique. Mais durant le spectacle, le caractère statique de la mise en scène déçoit, en particulier lors des duos.

Mozart et son regard

Les scènes auxquelles participent le chœur et les figurants sont très réussies, quoique peu nombreuses. L’intrigue exige fréquemment la présence de deux ou trois personnages seulement, et l’absence de décors ainsi que le peu de mouvements laissent une impression de vide que l’image de Mozart ne comble pas. Retenons la réussite des costumes contemporains portés par les rôles principaux, avec des touches colorées pour les dames et des tons sombres pour les messieurs. Un bémol toutefois: l’échange de vêtements entre Leporello et son maître perd son sens, du moment que tous deux portent des jeans et un T-shirt. Une mise en scène moderniste incite le public à s’interroger: quel message veut-on lui transmettre? Il semble que les spectateurs restent sans réponse. Pourquoi cette image de Mozart si omniprésente? Quel parallèle entend-on souligner entre le musicien et Don Giovanni lorsqu’il quitte ses vêtements modernes et apparaît déguisé en Mozart? Dans le programme, Giancarlo Del Monaco s’explique: «Cet opéra comporte tellement de facettes qu’une seule mise en scène ne saurait les rendre toutes. A chaque fois, j’aurais aussi pu faire autrement.» A trop viser la liberté d’interprétation et l’intemporalité, le résultat perd en consistance. Si l’agencement scénique est innovateur, la multiplication de positions scabreuses et de sous-vêtements féminins aguichants est presque exagérée, bien que le sujet s’y prête. En dépit de cette interprétation visuelle disparate et parfois problématique, le public est subjugué par la qualité musicale du spectacle. Gianluca Martinenghi choisit des tempi très convaincants et emmène un orchestre irréprochable.

Les musiciens honorent magnifiquement la beauté et la magie de la musique mozartienne. L’acoustique des arènes avantage tout particulièrement les instruments à vent. Une réserve: la rythmique du chœur d’hommes n’est pas tout à fait en place lors de sa première intervention. Mais son rôle est minime, la quasi-totalité du matériau musical étant attribué à l’orchestre et aux solistes.

Performance vocale

Vendredi, à la première représentation, chacun des huit personnages principaux a livré une impressionnante performance vocale. En remplacement de Noëmi Nadelmann, Erika Grimaldi campe une magnifique Donna Anna. La voix sublime de Brigitte Hool fait mouche en Zerlina, irrésistible lorsqu’elle tente de convaincre Masetto de lui pardonner. L’aspect comique du dram-ma giocoso est porté par le jeu savoureux d’Andrea Concetti qui incarne Leporello. Pour couronner le tout, l’œuvre est illuminée de part en part par la voix de Konstantin Gorny dans le rôle de Don Giovanni. Son timbre généreux, plein et ardent donne toute son envergure au personnage. On comprend les mille e tre espagnoles qui se rendirent à ses charmes. Difficile de résister à son «Là ci darem la mano»! On admire enfin la force de caractère qu’il conserve jusqu’à sombrer dans les flammes de l’enfer. n

 

Avenches, les 8, 10, 11, 15 et 17 juillet, 21 h 15.

Billets au 026 676 99 22 ou sur www.avenches.ch

 

 


 

 

Laure Jacquier

  7 juillet 2009