Loto
Les lotos ne cartonnent plus
Tous les organisateurs de lotos du Sud fribourgeois vous le diront: l’année 2009 a marqué une baisse drastique de leurs bénéfices.
Dans le Sud fribourgeois, chaque société explique à sa manière les baisses de cette année: météo trop clémente, crise économique, interdiction de la fumée, abondance des lotos, manque de places de parking, concurrence des professionnels… (photo Claude Haymoz)
Les uns mettent en cause l’interdiction de la fumée. Certains parlent d’effets secondaires de la crise économique. D’autres stigmatisent leur nombre trop élevé. Au final, tous sont unanimes: en 2009, une grande majorité des lotos organisés dans le Sud fribourgeois ont connu des baisses considérables de leurs recettes.
«Les années folles, c’était il y a cinq ans. Aujourd’hui, c’est fini. Les gens n’achètent pas forcément moins d’abonnements, mais ils sont moins nombreux», affirme Alexandre Pasquier, président de L’Echo des Monts, la fanfare de Riaz. «Nos trois lotos annuels représentent 80% de nos revenus. Cette année, on va sans doute boucler les comptes à zéro.»
Même son de cloche au FC Haute-Gruyère: «On fait moins de bénéfices que ces dernières années, mais ce sont quand même des rentrées d’argent dont on ne peut se passer, explique son président Alexandre Raboud. Un loto est assez facile à organiser et on accepte de prendre un petit risque. Mais jusqu’à quand pourra-t-on compter sur ces rentrées pour boucler nos comptes?»
Mecque du loto en Glâne, le Saint-Jacques à Vuisternens-devant-Romont connaît des résultats fluctuants. «Tout dépend des week-ends. Parfois il fait beau, un autre loto a lieu dans le village d’à côté, et on fait des bons résultats. Idem le dimanche suivant, et c’est la débâcle…» avoue Jérôme König, responsable de la question pour l’Intersociété. Et de pointer du doigt la crise économique: «Les gens viennent, mais achètent moins de cartons!»
Encore des lots en nature
Partout dans le Sud, mais surtout en Glâne, les amateurs de loto viennent de loin à la ronde. «Nous avons beaucoup de Genevois et de Valaisans qui viennent tous les dimanches, confie Jérôme König. Surtout des expatriés qui reviennent sur leurs terres.» La raison de ce succès? «Pour conserver cette clientèle, nous avons gardé des lots en nature. On complète les paniers avec des bons. Ainsi, les gagnants ont l’impression de ramener un vrai lot à la maison…»
A Semsales, la situation s’est aussi péjorée cette dernière année. «A mon sens, la première cause est l’interdiction de la fumée, que nous appliquons dans la salle polyvalente», analyse Florian Seewer, président de l’Intersociété. Selon lui, de nombreux clients préfèrent aller dans le village voisin, car les lotos ont lieu au café, où la loi n’entrera en vigueur que le 1er janvier prochain.
«Il y a trop de lotos!»
«On aura bientôt plus que les yeux pour pleurer, s’inquiète Bertrand Gaillard, qui planifie depuis vingt ans les lotos à La Roche. Il y a trop de lotos! Nous sommes victimes des professionnels. Chez nous, l’Intersociété a acheté une installation moderne, nous avons une salle spacieuse, avec assez de places de parc. Mais ça ne suffit pas pour fidéliser notre clientèle.»
A son avis, les Rochois sont attirés par les pavillons affichés à Bulle (lire ci-contre) ou à Fribourg. «Les seuls qui ont bien marché en 2009 sont ceux qui bénéficient aux jeunes. Sinon, je ne comprends pas que les gens ne restent pas davantage au village pour soutenir les sociétés locales.
«A Riaz, les gens viennent deux heures avant le début pour jouer aux cartes ou pour discuter entre eux. Le loto fait encore office d’activité sociale pour les personnes du troisième âge», éclaire Alexandre Pasquier. Et de poursuivre: «Ce modèle fonctionne encore. Mais, avec les baisses qu’on constate cette année, il est temps de se poser la question si cette formule est toujours la bonne.»
«A 4000 francs, c’est déjà pas mal!»
Crieur professionnel depuis une quinzaine d’années, Denis Gauch organise les quelque deux cents lotos annuels qui ont lieu à Bulle, Broc et Riaz. «J’ai senti une baisse cette année, sans doute due à plusieurs facteurs: la chaleur de cet automne, l’interdiction de la fumée ou encore des problèmes de parcage en ville de Bulle… Mais dans l’ensemble, on n’est pas si mal lotis.»
En revanche, le secrétaire comptable ne met pas la faute sur la crise économique: «Les gens du troisième âge ne sont pas touchés par la crise! Chez nous, les retraités ont encore des sous.»
Dans les trois communes, Denis Gauch organise des lotos du jeudi au dimanche. «Les 90% des gens ne savent pas pour quelle société ils jouent. D’ailleurs, plus de la moitié viennent de Vaud et du Valais.» Et de poursuivre: «Aujourd’hui, avec 4000 francs de bénéfice, c’est déjà pas mal!»
Ces dernières années, le crieur a vécu de nombreux changements dans le milieu. «On a essayé les lingots d’or, les vrenelis. Les gens ne savaient plus quoi faire avec les jambons qu’ils gagnaient!» Aujourd’hui, seul l’argent en espèces (jusqu’à 50 francs) et les bons-cadeaux ont la cote.
«J’ai eu pris de sacrés bouillons!»
Avant la nouvelle loi apparue en 2000, Denis Gauch garantissait un bénéfice de 3000 francs pour chaque loto. «J’ai eu pris de sacrés bouillons! D’ailleurs, lorsque je me suis lancé, les gens disaient: “Laissons-le aller, il va se casser la figure!” Et quand ça a commencé à marcher, les mêmes lançaient: “Le salaud, il s’en met plein les poches…”»
Aujourd’hui, Denis Gauch facture 250 francs d’honoraires par loto. La société doit lui fournir une quinzaine de bénévoles et lui se charge de tout le reste. «Il n’y a pas assez de places pour caser tout le monde», affirme-t-il.
A la tête d’une fiduciaire – activité accessoire – le crieur consacre une trentaine d’heures hebdomadaires pour les lotos.
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| 26 novembre 2009 |

