Auto Nostalgie
«C’est comme si elles me racontaient
une histoire»
René Chollet restaure des véhicules anciens. A deux ans de la retraite, le Gruérien a rapatrié son atelier genevois à La Tour-de-Trême. Visite.
Mécanicien, tôlier, peintre, menuisier, sellier, René Chollet est capable de restaurer une voiture de A à Z: «Sauf les chromes et les vitres!» (photo Jessica Genoud)
Tranquille, plein de détours et de surprises. René Chollet est à l’image de son atelier de restauration, Auto Nostalgie SA. Depuis janvier 2009, il l’a rapatrié à La Tour-de-Trême, au pied de la Tour historique, après quarante-sept ans passés à Genève. Le Gruérien de 63 ans prépare sa retraite, même si sa passion pour les véhicules anciens ne s’est pas étiolée.
«C’est fabuleux. Quand j’attaque une voiture et que je la démonte, c’est comme si elle me racontait une histoire. Les garnitures, les ferrures, tout se met à parler», confie-t-il en caressant le capot de la Triumph 1800 Roadster de 1947 qu’il vient de terminer pour un client genevois désireux de retrouver le véhicule que conduisait son père lorsqu’il était enfant. «Elle était à nu, à poil! J’ai tout refait.» De la partie mécanique à la partie électrique, en passant par la tôlerie, la menuiserie et la sellerie: «Sauf les vitres et les chromes!»
Pas rentable
Près de 1500 heures de travail qu’il ne pourra pas facturer 100 francs l’heure, comme le ferait normalement un carrossier. «La restauration exige tellement de travail que si on arrive à facturer 15 francs l’heure, on est content», indique René Chollet, qui comprend que les quatre apprentis qu’il a formés durant sa carrière n’ont pas continué dans ce créneau. «Ce n’est tout simplement pas rentable…»
Il a donc fallu en serrer des boulons pour arriver à joindre les deux bouts. Avec trois enfants, issus de deux mariages: «Un ingénieur informaticien, une toubib et un avocat, qui ont bien fait de ne pas suivre les traces de leur père», rigole l’intéressé. Lui ne changerait de métier pour rien au monde: «C’est une grande histoire ces voitures. C’est une passion, une maladie…»
Au volant de Jolly Jumper
Le virus, René Chollet l’a développé en Afrique, de 1971 à 1973, lors d’un périple avec deux copains au volant de Jolly Jumper, un bus VW qu’il avait rallongé et surélevé, pour en faire un véhicule d’expédition. Près de 70000 kilomètres – de Gibraltar au Moyen Orient, en passant par la Côte d’Ivoire, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Ethiopie – lui ont plus appris en matière de carrosserie que ses trois années d’apprentissage, à Genève. «On démontait des tonneaux de 200 litres pour refaire un bout d’aile…»
Comme son foisonnant atelier, René Chollet livre ses trésors, par touches, à qui prend le temps de s’arrêter. Cette envie de réparer qui le tenail-lait déjà, enfant – à commencer par la brouette de son grand-père – lorsqu’il vivait à Vaulruz, avec son père, bûcheron, et sa mère, couturière. Ses autres grands voyages: au Canada, avec sa première femme, au volant d’une Land Rover retapée, qui les a conduits jusque chez les Indiens du Chiapas, auxquels ils ont consacré un film en 16 mm; en Chine, à vélo; ou sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, sur sa trottinette.
Même sur les routes de son pays, René Chollet aime jouer les aventuriers. Ainsi, au volant de sa Ford T de 1911, a-t-il souvent rallié Genève à Vaulruz. «Une magnifique voiture, avec des roues en bois…» Il possède aussi une Citroën C4 typique des années 1930, qu’il loue à l’occasion, pour des mariages.
Attablé aux Ormeaux – il a affiché le panneau «En courses» sur son échoppe située juste en face – René Chollet parle de «ses» voitures (il en a restauré plus d’une centaine) et des surprises qu’elles réservent parfois, comme cette rareté, un chapeau claque découvert dans la malle d’une Panhard & Levassor. «Si je vous racontais tout, vous n’auriez pas assez de papier dans le journal!»
Une perle rare connue loin à la ronde
La cartothèque de René Chollet compte une centaine de clients. Des Suisses romands pour la plupart et des étrangers «pour un bon tiers»: Américains, Russes, Anglais, Hollandais… «Ça fonctionne grâce au bouche-à-oreille», explique celui qui a dirigé une carrosserie traditionnelle, avant de se lancer dans la restauration des véhicules anciens dans les années 1990.
Ses talents sont connus loin à la ronde. Pour preuve, c’est lui qui a restauré la légendaire diligence du Gothard en 2005 et c’est à lui que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait appel en 2006 pour restaurer le toit en cuivre de son centre de conférence, à Islamabad. «Ils l’avaient refait trois fois, mais ça n’avait jamais joué», sourit René Chollet en bourrant sa pipe. A deux ans de la retraite, le Gruérien ne risque pas de se retrouver au chômage. «L’an passé, j’ai dû refuser pour dix ans de boulot…»
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| 6 février 2010 |

