Gym intégration

La gym, facteur d’intégration

Intégrer les classes spécialisées à celles de l’école ordinaire pour la gym. Le chef-lieu gruérien vit cette expérience unique. 

Difficile de distinguer quel élève est en classe d’enseignement spécialisé et quel élève est en classe ordinaire. (photos Jessica Genoud)

Plutôt que de se lamenter sur le manque de salles de gym à Bulle, Daniel Gremaud, maître d’éducation physique pour les classes d’enseignement spécialisé de la Gruyère, a imaginé intégrer ses élèves à ceux de l’école primaire pour la gymnastique. En voyant l’enthousiasme des jeunes qui déboulent dans la halle 1 de l’école de la Condémine en ce mardi matin, le Bullois ne peut que se féliciter de cette idée. Qui est une exception dans le canton (lire ci-dessous).

«Ouaahh!» s’exclament en chœur les 31 élèves de première et deuxième primaire lorsque Daniel Gremaud annonce qu’il leur a concocté un petit circuit aux agrès avec six postes. Mais, pour commencer, séance d’échauffement. «Vous courez partout sans toucher le matériel», enjoint le maître de sport, par ailleurs moniteur d’auto-école. Les dix élèves de la classe d’observation spécialisée et les 21 élèves de la classe de Morlon s’élancent avec entrain. Difficile, voire impossible de les distinguer.

Sur un air d’Elvis

«Love me tender, love me true…» distillent les haut-parleurs, alors que les jeunes s’agglutinent autour du maître pour quelques exercices plus ciblés. Ils inclinent la tête, haussent les épaules et font la danse du ventre au rythme de la voix d’Elvis. «Miam, il est bon ce lait, commente Daniel Gremaud en prenant la posture du chat qui lape dans son écuelle.» Eclat de rire général.

Le moment est venu de constituer six groupes qui feront des rocades, du tremplin aux barres asymétriques en passant par les bancs, les barres parallèles, les anneaux et les barres fixes. Daniel Gremaud, qui connaît bien ses élèves pour les suivre depuis leur entrée à l’école, n’hésite pas longtemps pour constituer des groupes équilibrés.

Pour illustrer les exercices à faire, il met volontiers en avant un élève de la classe spécialisée. Ainsi, Derim, 7 ans, s’essaie à un appui à la barre fixe. Il peine à tendre les bras, s’y reprend à trois fois et, finalement, à force d’encouragements, parvient à réaliser la figure attendue. Son visage s’illumine d’un sourire.

«Vous allez essayer de vous aider les uns les autres, comme d’habitude», lance Daniel Gremaud en rejoignant les anneaux. Tandis qu’Evelyne Piller, enseignante de la classe spécialisée, se charge du tremplin. Et Marie-Laure Overney-Gachoud, maîtresse primaire, des barres fixes. Ils ne sont pas trop de trois pour encadrer les élèves qui s’élancent au coup de sifflet de Daniel Gremaud.

Alors qu’elle tente de se hisser aux barres parallèles, Céline, 7 ans, confie aimer faire la gym avec les classes «normales». «Je me suis fait de nouveaux copains», se réjouit la brunette dans son pull jaune pétant. Comme ses camarades de classe, Derim, Arnaud ou Tania, elle a fini par trouver ses marques dans cette classe hybride.

Un peu dur au début

«C’était un petit peu dur au début, avoue de son côté Maëlle, 6 ans, de la classe de Morlon. Mais on s’habitue et je me suis fait des copines.» Même son de cloche chez son camarade de classe Théo, 8 ans, qui donne volontiers un coup de main à ceux qui en ont besoin.

On n’est pas toujours aussi positif du côté de la classe de 6e primaire qui a eu cours juste avant. «J’aime pas trop ça, parce qu’on fait moins de jeux», estime Christopher. C’est qu’il a fallu adapter certains exercices aux élèves des classes spécialisées. Ainsi, un rebond au sol est-il permis au volley. Mais Christopher de relativiser: «D’un autre côté, c’est bien aussi, parce qu’on se fait de nouveaux amis.»

 

 

«Tout le monde est gagnant»

La ville de Bulle est la seule du canton où les élèves des classes d’enseignement spécialisé font la gym avec les classes primaires. «Avec l’augmentation des effectifs, on n’avait pas tellement le choix», relève Daniel Gremaud. Le maître de sport pour les classes spécialisées et conseiller général bullois a eu l’idée de mélanger les élèves plutôt que de devoir trouver d’autres locaux pour ses classes, dans l’attente de la construction d’une nouvelle halle de sport, en 2013.

L’idée n’est pas tombée du ciel. Daniel Gremaud fait de l’intégration depuis une quinzaine d’années déjà, pour la piscine, ainsi que pour un cours de gym. «Ce sont des enfants scolarisables, qui n’ont rien à voir avec Clos Fleuri, souligne Daniel Gremaud. Ces cours en tandem demandent beaucoup d’investissement, mais tout le monde est gagnant!»

Depuis la rentrée scolaire 2009, les huit classes d’enseignement spécialisé primaires partagent deux périodes de 50 minutes de gym avec des classes primaires du même âge, les mardis et mercredis matin, à l’école de la Condémine. La troisième unité de sport au programme se fait chacun de son côté.

«C’est l’art de composer avec le non-choix», constate le directeur des classes d’enseignement spécialisé, Didier Jonin. Qui se réjouit, pour ses élèves, de ce bain au milieu d’élèves qui suivent les classes ordinaires. «Ça ne peut être que positif et enrichissant.» Même constat du côté du coresponsable de l’éducation physique et des sports de l’école primaire, Carlo Gattoni.

L’expérience pourrait être généralisée, estime la cheffe du Service de l’enseignement spécialisé, Fouzia Rossier. Notamment à Romont, où les classes ordinaires sont aussi à proximité des classes d’enseignement spécialisé. «Tout ce qui est intégratif est encouragé», rappelle Fouzia Rossier, qui prône le coenseignement non seulement pour le sport, mais aussi pour d’autres matières.

Un bilan de l’expérience bulloise sera tiré en fin d’année scolaire. «Le prébilan est très positif, indique Daniel Gremaud. Nous devrions continuer l’an prochain.»

 


 

 

Claire-Lyse Pasquier

16 mars 2010