Sécurité

Les sièges pour enfants déroutent les parents

Une majorité de parents est mécontente à l’idée d’utiliser des sièges ou des rehausseurs pour leurs enfants jusqu’à 12 ans. Pétition déposée hier à Berne.

Une pétition a été déposée, hier à Berne, pour annuler l’ordonnance sur les sièges pour enfants. Jessica Genoud

 

«La sécurité de mes enfants est primordiale, mais obliger les sièges pour enfants jusqu’à 12 ans, c’est trop!» La majorité des parents interrogés désapprouve totalement la nouvelle ordonnance obligeant les siè-ges pour enfants jusqu’à 12 ans ou 1,50 m. Epagny, sortie de l’école. Sur le parking, mamans et grands-parents attendent les enfants. Certains avec des voitures familiales, d’autres des citadines, mais toutes munies de sièges pour enfants. «Même avec ma voiture de sept places, c’est un problème», explique Corinne Schneider, maman de quatre enfants. Non seulement parce qu’elle n’a plus de coffre pour mettre ses courses ou les affaires d’école, mais aussi parce qu’elle doit parfois amener à l’école les enfants d’autres mamans. Alors, comment faire quand les parents font du covoiturage? «Pour moi, c’est vite vu: pour les trajets courts, je vais devoir prendre le risque de m’en passer, car, dans ma petite voiture, impossible de mettre des sièges pour tout le monde», répond Nathalie Handschin. Ou alors, elle devra prendre l’autre voiture du ménage, une jeep: «Mais, dans ce cas, ce sont les écolos qui vont se plaindre…» Sur le parking, une maman fait exception. «J’ai une grande voiture avec des rehausseurs supplémentaires dans le coffre. Mais j’ai quand même acheté un siège avec dossier, car c’est plus sûr», raconte Nicole Python.

Devoir faire avec

Malgré tout, les mamans sont unanimes sur un point: elles vont devoir faire avec et investir, même si ce n’est pas toujours facile financièrement. Au contraire, les grands-parents rencontrés sont moins enclins à respecter la loi. «J’ai acheté des sièges tout exprès voilà quelques années, mais je ne sais pas s’ils sont aux normes», explique une grand-maman. Et même si ce n’est pas le cas, elle ne compte pas en changer. Michel Scherly, grand-papa de trois têtes blondes âgées de 8, 10 et 11 ans, est plus radical. Pour lui, c’est «débile». Il n’a pas et n’aura pas de rehausseurs, surtout pour des petits trajets comme Epagny-Pringy. «Leurs parents en achèteront, mais on ne peut pas toujours se les passer. On ne va quand même pas demander aux enfants de les prendre en classe au cas où quelqu’un d’autre viendrait les chercher après l’école!»

 

 

 

Inquiets pour leur budget

Dans les commerces bullois, une augmentation des ventes de sièges pour enfants a déjà été enregistrée. Néanmoins, les parents, inquiets pour leur budget, n’ont pas fait de folies. Chez nous, on n’a pas constaté d’augmentation significative des ventes de rehausseurs», explique José Tabosa, responsable de Jumbo. Au contraire, Happy Baby a enregistré une augmentation de 60 à 70% pour les rehausseurs et de 20% pour les sièges avec dossier: «Le succès des premiers s’explique par leur prix de 30 francs en moyenne, contre 150 à 350 francs pour les seconds», explique Benoît Clerc, gérant du magasin.

Changer de voiture

Pour certains parents, cette dépense n’était pas inscrite à leur budget. Elle est d’autant plus pénible à accepter si leurs enfants auront 12 ans dans quelques mois ou mesurent déjà presque 1,50 m. La colère des parents est plus importante encore lorsqu’ils pensent devoir acheter une nouvelle voiture pour pouvoir disposer trois sièges à l’arrière. Chez Happy Baby, une solution a été trouvée: «Nous proposons des sièges très étroits, mais pas confortables pour les enfants», explique Benoît Clerc. Donc peu idéale pour les longs trajets. Enfin, des parents se sont rendus dans les commerces simplement pour s’assurer que les sièges qu’ils possédaient étaient aux normes: «Et la grande majorité est repartie soulagée en apprenant que c’était le cas», explique José Tabosa. Peut-on encore s’attendre à une vague d’achats? «J’en doute, car les parents n’attendent généralement pas la dernière minute», répond le responsable de Jumbo. Toutefois, les parents interrogés ont confié attendre, en espérant de nouvelles dérogations. Comme la possibilité pour les tiers de transporter des bambins sans sièges pour enfants. Qu’ils sachent qu’une pétition a été déposée hier après-midi, à Berne, par Mobilitant.org pour que cette ordonnance soit tout simplement annulé.

 

La police intransigeante

La police de la circulation compte bien rappeler à l’ordre ceux qui envisagent de transgresser la loi: «Notre priorité est la sécurité de l’enfant et non de mettre des amendes à tout-va», explique Gilbert Baeriswyl, chef de la police de la circulation. En avril, les automobilistes en infraction se verront surtout expliquer les nouvelles normes. Ensuite, la police amendera à hauteur de 60 francs. «Mais nous n’allons pas demander la carte d’identité et mesurer chaque enfant, précise Gilbert Baeriswyl. Nous ferons preuve de bon sens.» En effet, les parents ne devraient pas être inquiétés si l’enfant est attaché avec une ceinture «qui ne lui passe pas sous la gorge». Elément important aux yeux de la police. Par contre, en cas d’accident, en particulier si l’enfant est blessé, sa taille, son âge, ainsi que la conformité du siège, seront minutieusement vérifiés: «Nous serons intransigeants», ajoute le chef de la police de la circulation. «Et cela pourra coûter cher aux parents, car les assurances risquent de se retourner contre eux, quand il s’agira de payer la facture alors que la loi n’a pas été respectée.» Lors de notre coup de sonde à Epagny, une maman s’inquiétait justement du sort de son enfant en cas d’accident: «A l’arrière, c’est tellement serré entre les sièges qu’on a du mal à mettre les ceintures. En cas de choc, si mon enfant est coincé, vais-je pouvoir décrocher la ceinture ou dois-je toujours avoir un couteau dans mon véhicule?»

Brochure explicative disponible sur le site: www.policefr.ch

 


 

 

Anne Hemmer

20 mars 2010