Le patou? Efficace, mais parfois trop zélé

| jeu, 16. aoû. 2012
Quinze patous gardent efficacement des troupeaux dans le canton. Plusieurs cas de morsures ont été constatés dans la région. La cohabitation passe par des chiens plus sociables et des promeneurs mieux informés.

PAR FRANCOIS PHARISA


Protéger coûte que coûte le troupeau et avertir le berger de toute menace éventuelle, sans pour autant effrayer randonneurs et chiens de compagnie, telle est la mission délicate des 200 chiens de protection des troupeaux en Suisse. En gros, être ni trop gentil ni trop méchant. Ni sauvage, ni domestique. Chienne de vie.
Loyal, hardi, mais méfiant, dissuasif de par sa grande taille et ses aboiements rauques et profonds: les chiens de protection font l’unanimité auprès des professionnels. Des garde-faunes aux propriétaires d’animaux de rente, en passant par une conseillère fédérale, tout le monde vante leur efficacité contre les prédateurs. Loups et lynx repasseront. «L’année dernière, dans les Préalpes suisses occidentales, aucune perte n’a été recensée dans les troupeaux gardés par des chiens de protection», a même relevé Doris Leuthard, en visite le 31 juillet dernier sur l’alpage du Creux-de-Champ (Diablerets).
Seulement voilà, efficaces, ces gardiens le sont peut-être trop. Les cas de morsures de la part de patous sur des randonneurs sont certes rares. N’empêche, ils existent. Selon nos sources, deux agressions sur des promeneurs et une sur un chien de compagnie, un terre-neuve, se sont produites cet été dans la région. Trois agressions pour 15 patous actuellement sur les alpages fribourgeois, des chiffres qui n’ont rien d’anodin. Et ce ne sont que les cas portés à notre connaissance. Grégoire Seitert, vétérinaire cantonal, se refuse de donner le détail, mais confirme que des incidents se sont déroulés.


Contourner le troupeau
Coupables, les patous? La réalité n’est pas si simple. Il faut tenir compte des conditions dans lesquelles les agressions ont eu lieu. Il semblerait en effet que les promeneurs et le propriétaire du terre-neuve n’aient pas respecté les consignes. En effet, quand on s’approche du troupeau, il faut s’attendre à une réaction de la part de ses vigiles. Pire, si l’intrus se trouve être un canidé. «Si un chien de compagnie arrive à la course dans le troupeau, les patous n’ont pas le temps de les inspecter. Pour eux, c’est un prédateur», explique Félix Hahn, responsable du projet chiens de protection des troupeaux en Suisse à Agridea.
Michel Pharisa, garde-faune dans le canton de Fribourg, en appelle au bon sens des randonneurs. «Les touristes ne sont pas en terrain conquis en montagne. Ils se doivent de respecter le travail des bergers. Les accidents interviennent généralement quand des promeneurs ou des cyclistes ne suivent pas les consignes.» Les règles de comportement sont d’ailleurs affichées sur des panneaux placés à proximité des troupeaux concernés (lire ci-dessous). Pour éviter l’écueil de la banalisation, ces informations ont été installées uniquement le long des sentiers balisés reconnus par l’Association fribourgeoise de randonnée pédestre. Avec le risque que tous les promeneurs ne les voient pas.


Des patous plus sociables
Faire cohabiter des animaux choisis justement pour leur capacité de dissuasion et de protection avec des randonneurs pas toujours enclins à se plier aux contraintes: une tâche compliquée, mais nécessaire. De nombreux spécialistes s’accordent à dire que d’énormes progrès ont déjà été réalisés afin de permettre aux chiens de mieux interpréter le comportement du promeneur. Car il a vite tendance à le prendre comme une menace.
«Il y a quelques années encore, on nous disait de ne pas nous en occuper, de ne même pas les toucher, explique Jean-Robert Henchoz, éleveur et détenteur de cinq patous et de 800 moutons sur les hauts de Rossinière, au Sapalet. Aujourd’hui, leur éducation a bien changé. Nous autres, éleveurs, devons les habituer aux rapports avec l’homme. Sans trop en faire non plus. Il ne faudrait pas qu’ils quittent les bêtes des yeux sous prétexte de s’amuser avec les passants.»
Du côté d’Agridea, Felix Hahn souligne l’importance de rendre ces chiens plus sociables: «Même sur les alpages non gardés par un berger – situation toujours regrettable – nous exigeons des propriétaires qu’ils montent au moins deux fois par semaine pour avoir un contact avec les chiens.» Le but étant que les touristes deviennent des éléments normaux de l’environnement.
Randonneurs et patous sont de plus en plus nombreux sur les alpages. Il n’y a pas d’autre choix que d’apprendre à vivre ensemble.

 

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Les règles de base à respecter
Comment se comporter avec le patou? Aux abords des troupeaux gardés par des chiens de protection, des panneaux indicatifs indiquent le code de conduite à suivre. Il y a quatre impératifs: ne pas courir, descendre de son VTT, tenir son chien de compagnie en laisse et, surtout, contourner le troupeau. En vous voyant, les patous débouleront peut-être dans votre direction à coups d’aboiements dissuasifs mais se stopperont net à quelques mètres de vous. Un comportement qui leur permet de marquer leur territoire. Continuez votre route en contournant calmement le bétail. Les chiens vous suivront le temps de s’éloigner du troupeau. S’ils se montrent trop agressifs et s’approchent davantage, restez calme et évitez tout geste brusque. Au pire, faites demi-tour. Faire fi de ces quelques recommandations et pénétrer dans le troupeau provoquera à coup sûr une vive réaction de ses gardiens. Les panneaux préventifs comportent également un code QR pour smartphone, permettant de télécharger de plus amples informations et de localiser les troupeaux gardés par des patous. FP


 

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