Dominique Butty, cet animal politique indomptable

| mar, 30. jui. 2019

PAR VALENTIN CASTELLA / CLAIRE PASQUIER

«Il a été élu devant tout le monde et représentait le parti fort du Conseil général. Il était logique qu’il devienne syndic. Mais on ne le connaissait pas.» Qui est Dominique Butty, le syndic qui n’habite pas dans sa commune (lire encadré)? Electron libre, autoritaire, fidèle à ses idées, grand travailleur? Les adjectifs pour qualifier ce mystérieux personnage sont aussi nombreux que les personnes à qui l’on s’est adressé et qui l’ont côtoyé de près ou de loin depuis qu’il a pris les rênes de Romont.

Pourquoi le député PDC polarise-t-il autant, au point d’être poussé à la démission par ses camarades du Conseil communal? Sous le couvert de l’anonymat (n.d.l.r.: noms connus de la rédaction) ou non, dix sour-ces décrivent une personnalité qui semble naviguer entre la bonhomie et une furieuse affection pour le conflit.

Une franchise sans limites

De premier abord, Dominique Butty, 59 ans, apparaît comme quelqu’un d’abordable, au contact facile. Un vrai politicien, à la poignée de main franche et à la bonne humeur communicative. Il paie volontiers des verres et se montre souvent convivial. Ses collègues députés Armand Jaquier (ps), Fritz Glauser (plr) et Philippe Demierre (udc) apprécient sa volonté de travailler pour le bien du district. Et de pointer sa franchise: «En politique, c’est ce qui crée le débat, j’aime ça», note Philippe Demierre.

«C’est une personne intelligente, dévouée à la politique, mais qui se laisse emporter par son franc-parler», tempère Stefanie Losey, cheffe de groupe des Verts au sein du Conseil général de Romont. Ses propos dérangent parfois. Comme lors de la séance constitutive du 28 avril 2016, où Dominique Butty insiste pour que les femmes, «ces merveilles de la nature, puissent apporter leur indispensable sensibilité aux débats». L’homme y va fréquemment de son commentaire lorsqu’il traite avec la gent féminine, celle de ce journal notamment. «En général, cela se passe toujours mieux avec les filles», avait-il lancé à l’auteure de ces lignes.

Impénétrable

Ces derniers temps pourtant, alors que l’orage gronde dans le ciel romontois, le syndic s’est retranché derrière une façade et ne semble plus aussi loquace. L’homme est devenu insaisissable, nous dit-on. Ferat-il recours contre l’enquête administrative ou contre sa radiation du registre des habitants? «Personne ne sait ce qu’il pense», assure un politicien romontois.

Du côté des personnes interviewées, les récentes conclusions de l’enquête de la préfecture divisent: «Je respecte la personne et sa fonction. Mais j’ai plus de mal avec son comportement», accorde un conseiller général. «Je préfère un syndic qui n’habite pas à Romont, mais à l’écoute de la population, comme il l’est, plutôt que les anciens qu’on ne voyait jamais», confie Denis Grandjean, chef de groupe UDC au Conseil général.

D’aucuns ne semblent pas surpris de la tournure des événements. «Il est connu en Glâne. On savait qu’il habitait à Villariaz. On se disait bien que cette histoire sortirait tôt ou tard. Ce deux-pièces et demi à Romont était un prétexte», se souvient un proche de la commune.

Son parachutage dans le chef-lieu aurait également été source de rancœur au sein du sérail politique romontois. Sa personnalité est aussi remise en question: «Avant même qu’il ne commence à Romont, on savait que ça n’irait pas. Car on connaissait déjà le personnage et son caractère», atteste un élu glânois.

Manque de collégialité?

Son travail au sein de l’Exécutif divise aussi. Certains apprécient sa poigne: Denis Grandjean le définit même comme un «excellent syndic». D’autres décrivent un personnage autoritaire, qui n’apprécie pas l’adversité. A l’image des propos virulents tenus en 2017 – «méthodes fascisantes» (La Gruyère du 4 mai 2017) – contre l’association Notre Romont! lors du référendum sur Bossens. «Selon lui, la minorité doit se plier à la majorité», explique un conseiller général.

Doté d’une détermination sans faille, le président de l’Association des communes fribourgeoises va au bout de ses idées. En 2011, alors simple député, Dominique Butty avait proposé une alternative à la route de contournement de Vuisternens-devant-Romont, initiée par l’Etat. De quoi se faire connaître en Glâne. Mais son caractère «fort et entier» lui joue des tours et serait à l’origine de tensions au sein du Conseil communal. «Il fonctionne mieux dans le débat et l’opposition», décrit un politicien romontois. Et ce dernier de pousser plus loin: «Il est un diviseur qui n’a pas sa place dans un exécutif. Il s’agit d’une erreur de casting.»

L’ambivalence règne également dans sa gestion de la commune et de son administration. Ce père de quatre enfants semble «soucieux de faire avancer Romont», dit un conseiller général et «connaît très bien ses dossiers», selon plusieurs personnes. Mais il n’est pas garant d’une bonne gouvernance au sein de l’administration. Sa gouvernance serait même «inexistante» et aurait provoqué de vives tensions entre les chefs de service. Des mesures vont d’ailleurs être prises à ce sujet à la rentrée.

En 2018, il n’avait pas réussi à apaiser les conflits internes au Conseil communal entre deux de ses membres, mais avait plutôt jeté de l’huile sur le feu (La Gruyère du 1er mars 2018).

Il manquerait également de vision par rapport à sa fonction. «Il veut s’occuper de Romont comme Villariaz et s’attarde sur des petits détails. Il gère au jour le jour, sans vision à long terme. Le projet de la nouvelle école est un bon exemple.» Des propos partagés par plusieurs sources.

Dominique Butty est un homme qui aime la politique et les débats qui en découlent. Une passion qui comporte le risque de se faire parfois taper sur les doigts. Et l’homme a, semble-t-il, appris à recevoir les coups. «Cela fait partie du jeu», nous avait-il confié il y a quelques mois. Encore une fois, le vétérinaire cultive le paradoxe. Il accepte les décisions institutionnelles, mais peine à écouter ceux qui l’entourent, qui lui ont proposé de l’aide ou qui lui ont conseillé de mettre de l’eau dans son vin. Un animal politique visiblement indomptable. ■


Rappel des faits

Juin 2015:
Dominique Butty loue un appartement à Romont et conserve sa maison à Villariaz.

Février 2016: il est élu au Conseil communal de Romont, figurant en tête des suffrages.

Avril 2016: Dominique Butty devient syndic.

Mars 2018: Pascal Delabays démissionne du Conseil communal. Des tensions au sein de l’Exécutif sont évoquées.

Novembre 2018: une enquête administrative est lancée par la préfecture de la Glâne sur la domiciliation du syndic et le fonctionnement du Conseil communal.

Juillet 2019: le préfet Willy Schorderet annonce que le syndic n’habite pas à Romont. Il est aussi accusé de manquements dans l’exercice de ses fonctions. Dans la foulée, il est radié du registre des habitants par le Conseil communal. Le député peut recourir contre ces décisions. Une décision est attendue mi-août. VAC

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