PAR CHRISTOPHE DUTOIT
Fribourg a-t-il raté le train Wikipédia? Quelques clics de souris sur le site de l’encyclopédie en ligne montrent à quels points le canton est mal représenté. On trouve certes des articles sur toutes les communes, mais souvent au stade d’«ébauche» (terme péjoratif en ce qui concerne Wikipédia) ou remplis d’inexactitudes.
Si la page consacrée à la ville de Fribourg est plutôt un exemple à suivre, celle de Bulle recèle des erreurs manifestes (notamment sur la répartition du Conseil communal).
Ces différences de traitement s’expliquent par le fait que le savoir sur Wikipédia se rédige de manière communautaire. «En effet, on ne s’est jamais occupé de ça», affirme Jean-Marc Morand, secrétaire général de la commune de Bulle, qui avoue «ne jamais avoir eu de contacts avec ceux qui alimentent cette page».
Responsable d’un projet pilote à ce sujet au sein du Service de la culture, Yvan Pochon est confronté à ces questions. «Nous avons de la peine à savoir qui est là derrière. Toutes les pages des communes sont mises en forme selon le même schéma, avec notamment des éléments pris sur le site de l’Office fédéral de la statistique. Certaines administrations n’étaient même pas informées de l’existence de telles pages.»
Informations succinctes
La question se pose également pour les personnalités présentes sur Wikipédia. A l’image de Christian Levrat ou de Jacques Bourgeois, les politiciens sont présents de manière quasi symbolique, avec des informations succinctes tirées souvent de leur site personnel et de celui de l’Assemblée fédérale.
Du côté religieux, le nouvel évêque Mgr Charles Morerod bénéficie d’un article un peu plus complet… dans la version anglaise de Wikipédia. Et encore, la page a été créée en 2009, soit avant sa nomination à Fribourg, et la mise à jour est des plus minimalistes.
Notre quête subjective nous amène à l’un des articles les plus complets, celui consacré à l’historien Alain-Jacques Tornare. «J’ai appris tardivement que quelqu’un avait créé une page à mon sujet, avoue le citoyen de Marsens. J’ai corrigé les quelques fautes et je la complète lorsque je publie un nouvel ouvrage.»
Ce que dit le lieu commun
L’historien spécialiste de la Révolution française s’est d’ailleurs piqué au jeu: «Je suis intervenu sur la page de la Journée du 10 août 1792, mais je ne le fais pas de manière assidue. Le manque de hiérarchisation des sources m’effraie sur Wikipédia. En revanche, je l’utilise parfois pour, sur tel sujet, voir ce qu’en dit le lieu commun.»
Idem pour Emmanuel Colliard, le chanteur de Wonderspleen, qui a reçu un jour un
e-mail lui indiquant le lien vers la page Wikipédia de son groupe. «Je ne sais pas qui l’a créée. Pour nous, c’est un bon moyen de mettre nos informations à jour, quand bien même il y a des contrôles au moment des mises à jour, qui bannissent notamment toute subjectivité.»
Ce système d’autocontrôle de la communauté Wikipédia a parfois de fâcheuses répercussions. Ainsi, pas plus tard qu’hier, l’article consacré à Attack Vertical a été purement et simplement supprimé. Motif: le groupe de metal glânois ne remplit pas les critères de notoriété requis en matière de musique. «En effet, après sept jours de débats, la page a disparu, note Thomas Oberson, le bassiste du groupe. Je crois que Wikipédia confond notoriété et popularité. Mais ce n’est pas grave. Au fond, ça ne change rien pour nous!»
De l’autre côté de la barrière, Chollux connaît bien les critères en vigueur sur Wikipédia. Etudiant en histoire à l’Université de Fribourg, le Bullois a déjà rédigé des dizaines d’articles pour l’encyclopédie en
ligne, notamment sur des hockeyeurs suisses. «Je me base sur des articles de journaux ou des sites de références. En général, je n’ai aucun contact avec les personnes en question. Mais, sur Wikipédia, tout le monde corrige tout le monde.»
A la lumière de ces exemples, le constat semble clair: les Fribourgeois sont bien à la traîne en matière de Wikipédia, tant sur le plan des personnes que des institutions. Toutefois, est-il trop tard pour prendre encore le train en marche?
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Wikivalais, original et alternatif
Depuis plusieurs années, le canton du Valais est pionnier dans la publication de contenus informatifs sur internet. «La Médiathèque Valais s’est posé la question en 2007 lorsqu’elle a voulu mettre en ligne ses bases de données, explique Maude Thomas, responsable du projet Wikivalais. On était embêté, car certaines publications ne remplissaient pas les critères assez restrictifs demandés par Wikipédia. Alors, nous avons décidé de créer notre propre wiki.»
A l’aide du même logiciel libre (MediaWiki), l’institution a ainsi créé son propre outil collaboratif (www.wikivalais.ch). «Au début, nous avons mis en ligne une base de données qui recense 1200 journalistes valaisans, poursuit Maude Thomas. Par la suite, nous avons créé plusieurs portails spécifiques, sur la faune, la flore, l’histoire ou le patois. Ces plateformes nous permettent de traiter des sujets de manière nettement plus spécifique qu’avec Wikipédia.»
Pour l’heure, le projet Wikivalais peut compter sur l’appui de quatre à cinq collaborateurs de la Médiathèque. «Nous travaillons également en partenariat avec des scientifiques et d’autres institutions, par exemple en vue de la mise en ligne de notre liste du patrimoine immatériel de l’Unesco», poursuit la bibliothécaire.
Tout comme pour Wikipédia, l’encyclopédie valaisanne est communautaire et chacun peut y ajouter des informations de son cru. «Nous demandons simplement une inscription préalable et nous pratiquons la postmodération des contenus.»
Pour l’heure, le Valais est le seul canton romand à s’être lancé dans l’aventure wiki. En ce qui concerne Fribourg, par exemple, les pages Wikipédia des communes ont souvent été créées par des tiers, sans la collaboration ni la validation d’une autorité compétente… CD
Infos: www.wikivalais.ch
Commentaires
Tartine (non vérifié)
mer, 29 fév. 2012
Moumine (non vérifié)
mar, 28 fév. 2012
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