Le destin de Ludo Chammartin se joue cette semaine en Russie

| mar, 24. avr. 2012
Le poids léger du JC Romont dispute jeudi les championnats d’Europe. Un podium lui assurerait son ticket. Sinon, il faudra attendre samedi et les résultats des autres. «J’essaie de ne pas trop y penser, sinon je ne dors plus!»

PAR KARINE ALLEMANN


La situation est digne d’un film dramatique. Ludovic Chammartin peut décrocher son ticket olympique, offrant du même coup son pass pour Londres à Dominique Hischier, son ami et partenaire d’entraînement depuis six ans. L’inverse est aussi vrai. En cas de qualification d’Hischier, Chammartin est certain d’être repêché. Ça, c’est si le scénario est idéal aux championnats d’Europe, dès jeudi à Tcheliabinsk. Mais un incroyable concours de circonstance pourrait faire que l’un précipite la chute de son coéquipier. «On est vraiment potes et si l’un de nous devait priver l’autre de Londres, ce serait horrible», reconnaissait Ludovic Chammartin, quelques jours avant son départ pour la Russie.
Le poids léger du JC Romont (– 60 kg) évoque son retour en forme après un terrible camp au Japon, ses ambitions aux championnats d’Europe, le stress de la qualification et l’obligation de garder la tête froide. Alors que le rêve se précise.

L’enfer du japon
Depuis deux semaines, Ludovic Chammartin se sent en forme. Ce qui n’est pas rien pour celui qui est rentré «cassé» d’un camp d’entraînement au Japon, il y a un mois. «Cela faisait longtemps que je n’avais pas vécu quelque chose d’aussi dur. La deuxième semaine, nous l’avons passée à Kodokan, le centre national de judo, où se trouvent les six meilleurs Japonais de chaque catégorie. Après mes six randoris (combats d’entraînement) contre des mecs de mon poids, mais quand même de niveau mondial, je me prenais tous les autres! Des gars de 100 kg bien décidés à me faire tomber six fois pendant chaque combat, parce qu’ils ont tous quelque chose à prouver au coach. Cela ne m’était plus arrivé depuis les juniors (rires).  Sur le moment, ça m’avait vraiment mis un coup au moral.»
Le Romontois a ensuite dû enchaîner avec le Swiss Open et l’Open de Paris. «Où ça s’est mal fini pour moi. J’aurais mieux fait de m’octroyer une pause… Mais bon, l’essentiel est que j’ai réussi à rebondir. J’ai trouvé un second souffle et, actuellement, je me sens bien.»

Faites vos jeux!
Pas facile de comprendre les enjeux de Tcheliabinsk. Tentative. Avant les différents cham­pionnats continentaux, Chammartin était classé 22e du ranking olympique, alors que les 22 premiers seront sélectionnés directement. Problème: «Cha­que championnat continental offre le même nombre de points au vainqueur, alors que les Européens sont nettement plus relevés. Par exemple, je sais déjà qu’un judoka aus­tralien, actuellement loin derrière moi, va s’imposer au cham­pionnat d’Océanie, car il n’a aucune concurrence. Dès lors, il va me passer devant au ranking.»
Il y a une semaine, un Marocain a remporté le championnat africain et repoussé Chammartin d’un rang. Et le Romontois peut encore se faire chiper des places par des Américains, également en lice ces jours. Pour verrouiller son ticket olympique, il doit donc terminer sur le podium européen. Ou alors…
C’est là qu’entre en jeu le duel à distance avec Dominique Hischier (– 90 kg), qui flirte également avec la 22e place du ranking olympique. «Si je me qualifie, Dominique sera repêché par la fédération comme 2e meilleur Suisse. Et si Dominique se qualifie, en obtenant une 7e place au moins à Tcheliabinsk, de toute façon je terminerais 2e Suisse. Et c’est moi que la fédération repêcherait.» Le Genevois sera en lice samedi.
Scénario catastrophe: aucun des deux amis ne se qualifie, et c’est le mieux classé des deux dans sa catégorie qui part pour Londres. Comment vit-il ce duel fratricide? «Ça fait six ans que je m’entraîne avec Hischier, c’est lui qui m’a appris le haut niveau. Sans lui, je n’en serais pas là. Alors, s’il part, je ne lui en voudrai pas. Je ne pourrais m’en prendre qu’à moi-même. Et puis, je pense que je le vivrais mieux que lui.» Il faut dire que Dominique Hischier, 34 ans, a été privé trois fois de Jeux: deux fois pour laisser sa place à Serguei Aschwanden (médaillé de bronze à Pékin) et une fois sur blessure.
A noter que si, en Russie, les deux judokas devaient décrocher leur ticket automatique, cela pourrait faire les affaires du Fribourgeois David Papaux, qui se retrouverait alors premier «repêchable».

Le podium est-il faisable?
Après les tergiversations et les calculs, retour sur les tatamis. Quelles sont les chances du multiple champion de Suisse de décrocher une médaille jeudi? «Je m’en sens capable! Evidemment, si on regarde les résultats, on voit que j’ai déjà battu des gars forts, mais pas dans de grands tournois. Ce sera difficile, mais, au moins, je sais ce qu’il me reste à faire: viser le podium et rien d’autre.»
A Tcheliabinsk, la délégation suisse comptera également Juliane Robra (– 70 kg), déjà qualifiée pour Londres, Larissa Csatari (– 57 kg), Michael Iten (– 60 kg), David Papaux (– 73 kg) et Dominique Hischier (– 90 kg).


Gérer l’insoutenable pression
Le judo n’est pas un sport de riches en Suisse. Cela fait dix ans que Ludovic Chammartin vit modestement pour pouvoir s’entraîner suffisamment et exister au niveau international. Alors qu’il peut toucher du bout des doigts cette qualification olympique, comment gère-t-il la pression? «Ce qui est dur, c’est que l’automne dernier, après mes trois podiums en Coupe du monde, j’étais assuré de me qualifier. Mais je me suis blessé au tournoi de Samoa et tout a changé.»
Pour rester serein sur les tatamis, il faut donc éviter d’en faire une obsession. «Avec Hischier, on a décidé de ne plus en parler. Sinon, on n’en dormait plus de la nuit!»
Ludovic Chammartin envisage-t-il l’échec? «C’est tellement proche que, pour moi, ne pas aller aux Jeux est inimaginable. J’essaie de me faire à l’idée que ça peut arriver, mais c’est difficile. Car tout le monde autour de moi me dit que c’est bon. Mais ce n’est pas vrai. Pas encore.» Et de conclure: «Deux ans que je m’entraîne pour ce rêve. Toute cette pression, les changements de règlements, les résultats des autres… Ça commence à faire long. Vivement samedi, que tout soit fini.»

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