Pénurie d’enseignants et réforme des programmes

Le canton a dû repourvoir près de 400 postes. Les recherches se sont avérées difficiles.

PAR DOMINIQUE MEYLAN



Depuis quelques années, c’est devenu une habitude: le canton peine à trouver suffisamment d’enseignants. Les effectifs grandissants n’améliorent pas la situation. A la fin août, 43088 élèves prendront le chemin de l’école, selon les statistiques délivrées par la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport (DICS). L’an dernier, ils étaient 42312. Cela représente, tous niveaux confondus, 32 classes supplémentaires.
Simultanément, les enseignants sont soumis à une certaine pression avec l’introduction progressive du Plan d’étude romand (PER). Trois nouveaux degrés sont concernés. Après l’école enfantine, la 3e primaire et la 1re année du cycle d’orientation, au tour des 1re et 4e primaires et de la 2e du CO. Fribourg continue par ailleurs à déployer son concept cantonal pour l’enseignement des langues, accepté en 2010 par le Grand Conseil.


Près de 400 postes
Démissions, retraites, ouverture de nouvelles classes, changements de poste ou d’activité... Toutes ces éventualités font le cauchemar de la DICS. Pour l’école enfantine et primaire, 280 postes ont dû être repourvus, dont environ la moitié à plein temps. Ce chiffre est gonflé par l’introduction de la seconde année d’école enfantine, qui continue à s’étendre en particulier dans la partie francophone du canton. Au CO, 89 postes ont été mis au concours. Et 24 au niveau secondaire supérieur.
Toutes les classes auront un enseignant à la rentrée. La directrice de l’Instruction publique ne s’avoue pas soulagée, mais dit sa reconnaissance à ceux qui ont travaillé d’arrache-pied ces derniers mois pour repourvoir ces postes. «D’autres cantons n’ont pas encore tous leurs enseignants début août», souligne Isabelle Chassot.
Aux parents qui s’inquiéteraient de la qualité de l’enseignement, la conseillère d’Etat répond par des chiffres. «Sur les 1033 classes enfantines et primaires francophones, seules deux sont conduites par un enseignant sans diplôme. Et quinze par des duos pédagogiques qui comptent au moins un professeur diplômé.» Par ailleurs, souligne Isabelle Chassot, «tous ces professeurs bénéficient d’une formation pédagogique, même sans titre. Ils sont accompagnés par des inspecteurs et des conseillers pédagogiques. La qualité de l’enseignement ne s’en ressent pas.»
Les postes, mis au concours simultanément et relativement tôt, ont parfois mis du temps à être pourvus. Les classes à deux degrés ou isolées dans de petits villages, de même que les temps partiels, s’avèrent moins attractifs. Les jeunes enseignants, fraîchement diplômés, préfèrent les postes à 100%. «Nous avons dû revoir certaines configurations, admet Isabelle Chassot, pour tenter d’arriver à des postes à plein temps.»
Une part des nouveaux enseignants a été formée dans d’autres cantons, voire en France. Des annonces ont été placées jusque dans certains instituts de formation dans l’Hexagone. Cette pratique est davantage connue dans la partie alémanique, où certains professeurs sont d’origine allemande.
La pénurie se fait ressentir jusqu’aux remplaçants. La Haute Ecole pédagogique a été mandatée pour organiser une formation durant la prochaine année scolaire.
Selon Isabelle Chassot, la situation devrait s’améliorer à partir de la rentrée 2014. «Les effectifs de la HEP seront plus importants. La pression devrait alors baisser.»


Seules certaines disciplines
Dans les cycles d’orientation, la pénurie d’enseignants concerne certaines disciplines précises: les langues étrangères, l’économie familiale et les activités créatrices. «Il faut relativiser son importance», estime Isabelle Chassot. La proportion d’enseignants non diplômés varie entre 10 et 12%. Toutefois, il s’agit majoritairement de temps partiels: le pourcentage d’heures enseignées par des «novices» n’est que de 7% en moyenne.
La situation, qui dure depuis de longues années, ne serait pas trop inquiétante, en particulier parce que la plupart de ces enseignants sont en fin de formation. Ils possèdent un bachelor, voire un master. Dans le domaine de l’économie familiale, le canton a mis en place un programme de formation avec la HEP. Quant aux remplaçants, ils sont plus faciles à trouver pour ces degrés. «Beaucoup d’enseignants à temps partiel acceptent d’augmenter leur taux pour remplacer un collègue», expose Isabelle Chassot.

 

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Des leçons en allemand
Le canton poursuivra, pendant cette année scolaire 2012-2013, son projet pilote d’intégration intensive de l’allemand dans certains cycles d’orientation francophones. Le Sud est très actif dans ce domaine. En plus des établissements de Morat et de Sarine-Ouest, les CO de Bulle, de la Tour-de-Trême et de la Veveyse y participent. «Je me réjouis de constater qu’il y a un intérêt et une volonté de faire prospérer ces méthodes, affirme Isabelle Chassot, directrice de l’Instruction publique. Nous avons besoin d’exemples à suivre.»
A Bulle et en Veveyse, l’expérience est nouvelle. Dans certaines classes de 3e, des disciplines, comme l’économie familiale ou les arts visuels, seront enseignées en allemand. L’inscription s’est faite sur une base volontaire. Les classes sont complètes.
La Tour-de-Trême avait déjà lancé l’intégration intensive de l’allemand, lors de la dernière rentrée scolaire. Un bilan a été tiré au terme de ce premier exercice. «Il est positif», selon Isabelle Chassot. Pour les élèves, cela représente un travail supplémentaire. Cependant, en contrepartie, leur niveau d’allemand s’améliore. «Cela permet aussi d’envisager des études supérieures dans une filière bilingue», rapporte la conseillère d’Etat.  
Au terme de cette phase d’essai, le concept est appelé à se généraliser. «Nous voulions commencer par les cycles d’orientation, explique Isabelle Chassot. Il est plus simple d’y recruter des enseignants.»
Parmi les autres progrès voulus par le concept cantonal pour l’enseignement des langues, la phase préparatoire pour l’introduction de l’anglais à l’école primaire, prévue dans toute la Suisse romande, se poursuit. Elle suscite quelques inquiétudes au-delà des frontières cantonales. Une nouvelle méthode de français sera introduite au degré primaire dans la partie germanophone du canton. DM


 

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