Porter un regard nouveau sur le travail des tavillonneurs

| mar, 23. jui. 2013
L’association Equiterre propose un itinéraire pour découvrir les tavillons. L’inauguration du tracé a eu lieu dimanche en présence d’un professionnel. Trois autres parcours proposent d’aller à la rencontre du développement durable.

PAR SOPHIE MURITH

Le paysage gruérien est magnifique. Au point que l’on oublie parfois d’admirer le travail des tavillonneurs. Pour remettre ce savoir-faire ancestral sur le devant de la scène, l’association Equiterre propose un itinéraire au départ de Charmey et reliant cinq alpages dont le toit du chalet a été partiellement ou totalement refait avec l’aide du Fonds suisse pour le paysage.
Pierre Aubert a travaillé à l’élaboration de ce concept d’«équitinéraire» pour l’association s’engageant pour le développement durable. «Equitinéraire ne veut pas dire que cela se fait à cheval», précise-t-il tout de go. Quatre parcours ont été tracés en Valais, au Tessin, à Obwald et dans le canton de Fribourg. «Ils ont pour but la découverte des pratiques de développement durable.»
Pour inaugurer le tracé charmeysan, Equiterre a organisé dimanche une randonnée didactique. Vingt personnes – les inscriptions ont été limitées – ont donc convergé des cantons de Vaud, Neuchâtel ou Genève pour découvrir le monde des tavillonneurs.
La boucle de 12,4 km, empruntant les sentiers pédestres existants, est accessible avec des enfants. Elle passe par les chalets Moron, Montminard, Drotsu, Place Aulx et par la route des Arses.


Balade simple ou intéressée
«Pourquoi je suis venu? En m’inscrivant, j’étais sûr de me lever pour bouger un peu», explique l’administrateur d’une commune neuchâteloise, qui a pris connaissance du tour grâce à un mail d’Equiterre.
D’autres ont des visées plus techniques. Comme cet architecte genevois, corporation fortement représentée dans le groupe, qui va mener un projet immobilier à Charmey. «Nous voudrions construire la façade en tavillon, un matériau qui se patine et se grise pour mieux se fondre dans son environnement.»
Pierre Aubert rappelle aussi que le tavillon est «un matériau durable car local. Il a un écobilan plus favorable que la tôle ou l’Eternit et une meilleure résistance que la tuile. De plus, il permet une bonne régulation hygrométrique et thermique.»
Avant d’entamer la balade, le tavillonneur à la retraite Camille Charrière expose au groupe, sur le parking de l’Office du tourisme, quelques rudiments du métier qu’il a exercé durant cinquante ans.
«Mon père était tavillonneur. Comme j’étais l’aîné je le suivais dans les chalets, à pied ou à vélo, se souvient le Cerniatin, en bredzon pour l’occasion. A 20 ans, l’achat d’une jeep nous a permis d’aller travailler plus loin. Mais, comme il n’y avait pas de route, nous devions parfois chaîner, même en été.»
Le bois était alors coupé sur place, les tavillons également préparés au chalet. Si les arbres sont désormais abattus en automne et le tavillon façonné durant l’hiver, puis mis en paquet et séché, la méthode reste semblable. «L’épicéa doit être fendu et non tranché. La veine reste intacte et cela le rend imperméable. Nous n’utilisons que du bois qui a grandi lentement, pour que la veine soit bien serrée. En tout, de la préparation à la pose, il faut compter trois heures de travail par mètre carré.»


Découpes à main levée
Les questions fusent. «Quelle est la durée de vie d’un toit en tavillon?» s’enquiert une randonneuse. «Entre trente et quarante ans, cinquante ans parfois, répond Camille Charrière. Cela dépend de la pente et de l’exposition. Le pire ennemi du tavillon reste la grêle, surtout quand il est très sec.»
Les découpes intriguent également les participants. «Ce sont des décorations personnelles, surtout placées au bord des façades et près des fenêtres.» Utilise-t-il un emporte-pièce? – «Non, je le fais au couteau militaire.» Les participants admirent sa dextérité et apprécient sa régularité.
«Nous n’allons pas organiser une présentation par un professionnel à chaque fois, note Natacha Litzistorf, directrice d’Equiterre. Le but est que les personnes intéressées téléchargent la carte sur notre site internet.» Il lui tenait à cœur, à elle qui a grandi dans l’Intyamon, qu’un «équitinéraire» soit proposé en Gruyère.
Cap sur les chalets dont le groupe admire cheminées et toits refaits. Un étudiant en archéologie est du voyage. «Comme universitaire, cela fait toujours du bien de sortir un peu. Cela m’intéressait de voir des techniques ancestrales mises en œuvre et aussi l’application sur le terrain des projets du Fonds suisse pour le paysage.» Et d’ajouter en riant: «Je voulais savoir où vont nos impôts!»
 

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