Le patois s'invite sur les smartphones

| jeu, 07. nov. 2013
Un outil de traduction français - patois est disponible. Il a été développé par l’entreprise Softcom, où les projets innovants peuvent naître à la pause-café ou à l’apéro.

PAR THIBAUD GUISAN

Faire rentrer un dictionnaire de 40000 mots et de 1000 pages dans les smartphones et tablettes d’Apple: voilà le défi que s’est lancé l’entreprise Softcom à Granges-Paccot.
L’application de traduction français-patois et patois-français Dikchenéro est depuis peu disponible dans l’App Store. «On compte déjà près de 180 téléchargements», glisse Vincent Gremaud. L’habitant du Pâquier, 41 ans, est directeur de production chez Softcom. Il compte parmi les initiants du projet.
 

Pas de profit
Une grosse promotion a été faite au Comptoir gruérien par la Société cantonale des patoisants fribourgeois, partenaire enthousiaste du projet. Pourtant, de son côté, Softcom ne fera pas de profit. Le téléchargement de l’application est gratuit et la société informatique fribourgeoise n’a pas été rémunérée pour son travail. L’aspect graphique a été confié à l’entreprise de communication SEV’Design à Châtel-St-Denis, qui a aussi œuvré gratuitement.
Le projet est né en début d’année lors d’une pause-café à Granges-Paccot. Le dictionnaire de la Société cantonale des patoisants fribourgeois venait de sortir de presse. «Dans l’entreprise, on est plusieurs à être attachés à la défense de valeurs régionales, raconte Vincent Gremaud. On s’est dit que ce serait sympa d’en faire une application et de participer à la promotion du patois.»
L’application, qui n’est pas prévue en version Android, a nécessité huit à dix jours de travail. Loin des secteurs d’activités habituels de l’entreprise (lire ci-dessous), elle n’est toutefois pas anecdotique. Par ce projet, Softcom fait en effet
parler son credo: que l’innovation vienne aussi de ses collaborateurs. «En général, c’est en lien avec nos secteurs stratégiques. Mais parfois, comme pour cette application, on s’en écarte. Pour un collaborateur, c’est motivant de voir son idée concrétisée.»
Il y a quatre ans, une cellule innovation a même été créée à l’intérieur de l’entreprise. «C’était une période difficile économiquement. Or, c’est dans ces moments que les gens utilisent au mieux leur potentiel de créativité.»
La structure est chargée de trier les idées qui germent dans les têtes des employés. «Nous essayons d’en concrétiser quelques-unes: certaines pour nos affaires, d’autres plus ludiques mais qui peuvent faire parler de nous. L’important est qu’il y ait un marché ou au moins un potentiel d’utilisation.» Sur 80 idées collectées, trois ou quatre ont abouti. «C’est un effet d’entonnoir. Le goulet est fin.»
 

L’innovation à l’apéro
Depuis l’année dernière, la cellule innovation met sur pied des ateliers de réflexions et des «apérInnos». Le concept: des apéros organisés au sein de l’entreprise, où les collaborateurs sont amenés à proposer des idées sur une thématique donnée. «La problématique peut venir des besoins d’un client», précise Baptiste Jordan, responsable de la cellule.
Certains projets sont développés à l’interne. D’autres sont confiés à des étudiants – le plus souvent de l’école d’ingénieur de Fribourg – pour des travaux de semestre, de bachelor ou de master. Softcom assure alors un suivi technique.
Exemple d’un projet né lors d’un «apérInno»: l’intégration d’une caméra capable de compter les personnes. Par exemple pour connaître le nombre de places disponibles dans un wagon de train. «C’est un besoin des CFF, avec qui nous travaillons», note Vincent Gremaud. En cours, le projet fait l’objet d’un travail de master à l’école d’ingénieurs. «La caméra a été testée lors du dernier slow-up de Morat», confie Baptiste Jordan.


La «réalité augmentée»
Autre exemple d’idée née en buvant un verre dans les locaux de Softcom: un programme permettant de visualiser un bâtiment en image de synthèse 3D à partir d’un plan. «On dirige le smartphone sur le plan ou sur un terrain et l’image se construit sur l’écran», résume Vincent Gremaud. Dans le jargon, on parle de réalité augmentée.

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Dans les automates des CFF
Softcom est née en 2001. L’entreprise a été fondée par deux ingénieurs de Rossens: Benoît Rouiller et Rodrigue Zbinden. Deux patrons qui sont aussi beaux-frères dans la vie de tous les jours.
Un projet a permis à la société de s’offrir une belle carte de visite. En 2008, elle a réalisé le programme régissant la distribution des billets CFF dans leurs automates. Il équipe 1500 bornes dans toute la Suisse.
L’entreprise est principalement active dans le domaine des transports, de l’énergie, de la sécurité et de l’e-governement. La vidéosurveillance a fait sa réputation. Ses programmes servent notamment à piloter les caméras qui surveillent les réseaux autoroutiers et tunnels de plusieurs cantons. «Nous avons commencé par Neuchâtel, précise le Gruérien Vincent Gremaud, directeur de production. Puis le système a été réutilisé par Nidwald, Obwald, Glaris, Zurich et Schaffhouse.»
Dans un registre similaire, Softcom optimise la sécurité de réseaux ferroviaires (notamment le tunnel du Lötschberg et le métro M2 à Lausanne) et de bâtiments comme les prisons (Champ-Dollon, Bellechasse) ou les ouvrages et site de Groupe E.
La croissance est au rendez-vous puisque l’entreprise occupe aujourd’hui 35 collaborateurs, principalement des ingénieurs. La société dispose depuis peu d’un bureau à Berne. «Nous n’étions que cinq en 2004 et une dizaine en 2006-2007», se souvient Vincent Gremaud, qui a intégré l’entreprise pratiquement à ses débuts.
En 2009, une société fille a été créée: Morphean, qui a pour mission de commercialiser les produits de Softcom. La petite structure a remporté le Prix à l’innovation du canton de Fribourg 2012-2013, dans la catégorie start-up (La Gruyère du 29 novembre 2012). Grâce à son logiciel de protection vidéo, basé sur l’intelligence artificielle, auto-apprenant. C’est-à-dire qu’il est capable de repérer des mouvements anormaux par le biais d’une caméra, et d’ainsi déclencher une alarme.

Commentaires

J'adore le concept bravo

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