Des bacheliers labellisés Sud

| mar, 24. juin. 2014
Il y a tout juste trente-cinq ans, en juin 1979, la première volée de bacheliers estampillés «matu Sud» se voyaient remettre leurs diplômes de fin d’études. Une consécration pour le directeur Marcel Delley et pour toute la région.

PAR JEAN-BERNARD REPOND

La semaine dernière, une cérémonie du premier coup de pioche a lancé officiellement le début d’un chantier visant à transformer et agrandir le Collège du Sud, à Bulle. Au terme des travaux, la capacité de l’école permettra d’accueillir quelque 1300 étudiants. L’occasion d’effectuer un bond historique d’une quarantaine d’années, jusque dans les souvenirs de celui qui a été le principal artisan de ce projet un peu fou, Marcel Delley.
Il en aura fallu de la détermination pour que le Sud puisse se doter de son propre collège. «On le veut, on l’aura!» dirait-on en cette période de Mondial. Des efforts récompensés puisque, le 30 juin 1979, une bonne trentaine de bacheliers gruériens et veveysans, encadrés pendant quatre ans avec une méticuleuse attention, voyaient s’ouvrir devant eux, sans avoir eu besoin de monter à la «capitale», les portes des universités et des hautes écoles. La démocratisation des études devenait enfin réalité.


Etudes pour privilégiés
Jusqu’au début des années 1970, effectuer des études au collège tenait de l’exception. Pour Marcel Delley, retraité de la direction du Cycle d’orientation de la Gruyère et du Collège du Sud depuis tout juste vingt ans, «force est de constater que le collège était d’abord une institution propre à reproduire une société. Il n’y avait guère que les enfants des familles aisées et des personnes pratiquant les professions libérales qui pouvaient entreprendre des études.» Ou alors, au mieux, «un curé envoyait quelques élèves intelligents des campagnes en section classique en vue de les ouvrir à la vie ecclésiastique.»
Arrivé de Châtel-Saint-Denis en 1969 pour reprendre la direction de l’Ecole secondaire de la Gruyère, Marcel Delley n’a pas chômé dès son installation. «La construction du site de la Léchère était sur le point de démarrer, se souvient-il, et la réforme scolaire allait rendre l’école secondaire obligatoire dès 1972.» Le jeune directeur, animé d’une fougue et d’une autorité naturelle que des kyrielles de têtes blondes ont eu tout loisir d’expérimenter, ne s’est pas contenté de gérer ces deux énormes chantiers; il s’est encore investi sans compter pour que le Sud puisse accueillir son propre collège.


Coup d’accélérateur
Après des décennies d’immobilisme, les années 1960 ont marqué le véritable démarrage économique du canton de Fribourg. La perspective de la construction de l’autoroute et celle de la création d’une zone industrielle En Planchy, à Bulle, ont accéléré les réflexions quant aux équipements publics dont avait besoin le Sud. C’est dans ce contexte que Marcel Delley a pris l’initiative, appuyé dans sa démarche par l’inspecteur Jean-Pierre Corboz, de réunir, en octobre 1970, les décideurs de la région, à commencer par les préfets de la Gruyère et de la Veveyse ainsi que toute la députation du Sud.
Septième d’une famille paysanne de dix enfants, Marcel Delley mesurait alors la chance qui avait été la sienne d’avoir pu fréquenter l’Ecole normale puis l’Université.
Du haut des responsabilités qui étaient devenues les siennes, Marcel Delley a ainsi donné un formidable coup d’accélérateur. Depuis cette première séance d’information à l’Hôtel de Ville de Bulle jusqu’à l’ouverture d’une première classe de collégiens, il ne s’est écoulé que trois ans. Un comité d’action s’est formé et diverses démarches ont été entreprises. Formellement, en février 1971, au nom des initiateurs, le député Jacques Morard a développé une motion devant le Grand Conseil par laquelle il demandait l’ouverture du Collège du Sud.
Celui-ci n’a pas tardé à prendre son envol, puis à se développer. En 1973, à l’occasion de l’inauguration du CO de la Gruyère, une quatrième année gymnasiale était ouverte dans ces mêmes locaux flambant neufs. Les deux premières volées sont allées terminer leurs études dans les collèges de Fribourg. C’est à partir de 1975 que toutes les filières ont été ouvertes et qu’il est devenu possible d’accomplir la totalité du cycle à Bulle.


Pas question de se louper!
François Genoud, actuel recteur du Collège du Sud, a effectué les deux premières années de son gymnase à Bulle et les deux dernières à Saint-Michel. Il appartenait à la dernière volée qui était sous ce régime. Quels souvenirs garde-t-il de cette période? «Le Collège du Sud ne se distinguait pas beaucoup de l’Ecole secondaire tant par l’ambiance que par la discipline. On percevait un grand souci de garantir aux élèves un niveau qui leur permette de se sentir à l’aise dans les collèges de Fribourg.» Le rapport de Marcel Delley dans le Palmarès 1973-1974 de l’école confirme ses dires. Il y est écrit: «Nous devons retenir les exigences les plus élevées afin de prévenir tout accident lors du passage de nos élèves dans les collèges de Fribourg»… Pas question de se louper!
Autant dire que la remise des premières maturités en 1979 a été l’occasion de pavoiser. La Gruyère, en une du journal, y est allée elle aussi de sa laudatio. Sous le titre Œuvre historique, on lit: «Historique, oui, et le mot est pesé! C’est pour la Gruyère et la Veveyse tout entières que l’événement du 30 juin 1979 restera une date de première importance: un de ces rares moments charnières dans la vie d’un pays (…) L’ancienne province pastorale, pour assurer la santé de son avenir, devait construire ce pilier (…) Le Collège du Sud est donc un tremplin vers des conquêtes qui, elles, ne seront jamais achevées.»
Lorsqu’on l’invite à regarder dans le rétroviseur, Marcel Delley ne contient pas une larme d’émotion. Il a ces mots, humbles mais qui en disent long: «J’ai le sentiment d’avoir réussi ma vie.» Les milliers d’étudiants qui ont fréquenté le Collège du Sud ces quarante dernières années ne le contrediront pas.

 

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Eviter un Jura fribourgeois
L’idée d’un collège pour le Sud n’a pas été combattue, mais d’aucuns se sont quand même montrés réticents, comme le relève Marcel Delley: «Quelques voix, rares il est vrai, s’y opposaient, craignant les revendications d’autres régions et un certain séparatisme sudiste.»
Bien conscient que l’idée d’un Sud désireux d’acquérir sa propre autonomie en matière d’études gymnasiales pouvait en froisser quelques-uns du côté de Fribourg, le syndic bullois de l’époque, Auguste Glasson, avait eu quelque peine à admettre l’appellation de «Collège du Sud». Devant une délégation du Conseil d’Etat, il s’était montré prudent: «Les districts périphériques se trouvent, pour ainsi dire, complexés, leurs citoyens se sentant de deuxième catégorie. Le Collège du Sud est une expression commode, mais je n’aime pas beaucoup ce terme qui rappelle une idée de sécession. Il faut à tout prix éviter un Jura fribourgeois.» JBR
 

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