Un jeune compositeur gruérien pour la Fête des vignerons

| mar, 03. nov. 2015

A 30 ans – l'âge où certains se demandent encore que faire de leur vie – Valentin Villard va écrire la musique de la prochaine Fête des vignerons. L'habitant de Pont-la-Ville se dit surpris et honoré du choix de la Confrérie.

PAR XAVIER SCHALLER

De retour des Pays-Bas, master en composition en poche, Valentin Villard s’est établi à Pont-la-Ville. Pour s’éloigner de l’arc lémanique, où son réseau était déjà important. Attiré aussi par la tradition chorale du canton de Fribourg. A 30 ans, il a été choisi pour être l’un des trois compositeurs de la Fêtes des vignerons 2019 (La Gruyère de samedi). Avant même que la question ne soit posée, il précise que rien n’a été décidé pour Le Ranz des vaches.

Comment expliquez-vous que vous ayez été choisi pour écrire la musique de la Fête des vignerons?
Je pense que je propose une musique contemporaine accessible. Mon style est assez inclassable, ce qui me réjouit plutôt. Stéphane Albelda, avec qui j’ai collaboré pour l’opéra Valais 13, a dit de moi que j’étais un impressionniste contemporain. Je crois que c’est la définition que je préfère, s’il faut vraiment en choisir une.
D’autre part, Daniele Finzi Pasca, le metteur en scène, est quelqu’un qui travaille presque exclusivement en équipe. Très ouvert, à l’écoute, il apprécie que les autres lui amènent des idées. Du coup, un artiste, si talentueux soit-il, ne lui conviendra pas s’il aime travailler dans son coin.

Pour participer à cet événement, est-ce que les créateurs postulent ou attendent une invitation?
Certains compositeurs envoient des dossiers. Personnellement, je ne l’ai pas fait, parce je pensais être trop jeune. Je me voyais plutôt faire celle d’après. Quand la Confrérie m’a appelé, j’ai été très surpris. Et très honoré.

Que représente la Fête des vignerons pour vous?
Mes grands-parents avaient la cassette vidéo de la Fête des vignerons de 1977. Même sur petit écran, elle m’avait bouleversé. C’était une sublimation du travail du vin, remplie de symboles, de métaphores, d’allégories. La musique de Jean Balissat, qui conjugue tradition et symphonique, m’avait aussi émerveillé.
En 1999, j’ai pu participer à la fête, avec le chœur d’enfants du Messager boiteux. La musique de Michel Hostettler et de Jost Meier fut un choc pour moi. J’entendais de la musique moderne pour la première fois.
A cette époque, écrire de la musique classique, c’était écrire dans le style de Mozart ou de Beethoven, mes compositeurs préférés d’alors. Je n’avais pas encore idée que la musique pouvait s’écrire avec d’autres moyens. Je me suis alors intéressé aux partitions pour comprendre cela. Ce fut une des clefs de mon parcours de compositeur.

Comment devient-on compositeur professionnel?
Initié au piano dès 6 ans, j’ai écrit mes premières partitions à 8. J’ai tout de suite senti que ce serait mon moyen d’expression. Je fréquentais alors l’école Rudolf Steiner à Lausanne. Comme l’art y tient une grande place, cela a été un terreau important. A 11 ans, je pouvais déjà écrire pour l’orchestre de mon école.
Ensuite, j’ai étudié au conservatoire de Genève, l’enseignement de la théorie et la composition. Pour compléter mon bachelor, obtenu en 2009, je suis parti faire un master en composition à Amsterdam. Deux ans d’études durant lesquelles ma recherche musicale s’est trouvée valider et même encourager. A savoir allier la musique «traditionnelle» aux héritages du XXe siècle.

De retour en Suisse, vous vous êtes installés à Pont-la-Ville. Un hasard?
Né à Lausanne en 1985, j’ai grandi à Denges et Echandens. Mon père est vaudois et ma mère gruérienne, une Gremion de Gruyères. J’ai donc été initié aux traditions fribourgeoises: la bénichon, les armaillis, mais aussi le chant choral. J’ai aussi été garçon de chalet pendant deux étés, chez Pierrette et Joseph Moret. Cela reste parmi mes meilleurs souvenirs. Avec eux, j’ai participé à une dizaine de désalpes, de Charmey à Morlon. Je viens d’ailleurs de commander un brodzon, même si je n’en ai pas besoin pour diriger mes chœurs.
C’est un peu comme si j’avais un élastique qui me relie à la Suisse. Celui-ci s’étend de plus en plus, puisque j’ai maintenant des commandes de l’étranger, mais il reste solide.

Compositeur à 100%, vous vivez de vos œuvres.
En arrivant à Pont-la-Ville, j’avais tout de suite trouvé du travail, comme directeur du Chœur-Mixte de Massonnens et, presque en même temps, comme organiste à La Roche et Pont-la-Ville. Je dirige en outre l’ensemble vocal féminin Elles-en-C.
Mais cela ne nourrit pas son homme. J’ai toujours été compositeur à plein-temps. Les demandes se sont enchaînées et je n’ai jamais eu de trous. Je dois plutôt retarder des commandes.
Je pratique vraiment la composition comme un travail. Certains jours, je dois me forcer un peu et parfois j’y passerai quatorze heures. Je suis incapable de faire plus d’une heure de piano, mais je n’ai pas de problème pour composer durant des heures.
J’ai dû apprendre à gérer ça, à m’accorder de vraies plages de repos.

Comment imaginez-vous ces quatre ans qui vous séparent de la Fête des vignerons?
Je vais devoir terminer quelques commandes en cours. D’abord  un opéra pour les 80 ans des Marmousets, qui sera joué à Equilibre en juin prochain. J’ai aussi une commande pour le Chœur Saint-Michel, pour ses 40 ans, avec un quatuor à cordes. Une pièce pour percussions va arriver l’été prochain et, dans le même laps de temps, un projet pour Les Vocalistes romands et le Chœur de la Cité, en collaboration avec l’Orchestre de chambre de Lausanne.
En 2016 et 2017, je vais ensuite me consacrer exclusivement à la Fête des vignerons. Nous sommes trois compositeurs et cette fête sera plus courte que les précédentes, aux alentours de deux heures et quart. Cela représente donc quarante-cinq ou cinquante minutes par compositeur. J’ai déjà écrit des œuvres plus longues et, pour une fois, je ne serai pas seul à cogiter mes idées.

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