Le pédophile récidiviste se prétend «asexué»

| mer, 07. fév. 2018

Le procès du Bullois d’origine Robert T. a commencé mardi au Tribunal pénal de la Gruyère. Après avoir tenté d’être acquitté, puis d’enlever des témoignages, il s’est décrit comme un bienfaiteur. Le prévenu prétend n’avoir eu aucun rapport sexuel avec de jeunes garçons.

PAR VALENTIN CASTELLA

Pull vert, col rouge, menotté et entouré de deux policiers, Robert T. est entré mardi la tête basse dans la salle du Tribunal pénal de la Gruyère. Il s’est assis dos à des bancs garnis de journalistes venus de toute la Suisse romande. Accusé d’avoir abusé sexuellement d’au moins 87 jeunes garçons thaïlandais jusqu’en 2014 et d’avoir mis en place un système de parrainage incluant de nombreux Européens, le pédophile de 74 ans a passé le premier jour de son procès à écouter.
Déjà condamné à deux reprises en Suisse (1980 et 1991) et acquitté une fois en Thaïlande en 2014, l’homme a d’abord tenté d’obtenir son acquittement. Sans succès.
Robert T. a donc été contraint de revenir hier devant la présidente du Tribunal Frédérique Bütikofer Repond. D’entrée, cette dernière a tenu à indiquer au public que des images ou des propos pourraient heurter des personnes trop sensibles. Et que celles-ci pourraient quitter discrètement la salle d’audience. Le décor était planté: le procès pouvait commencer.
Enfin presque… En effet, mercredi matin, la défense a tenté un nouveau coup de poker en tentant de sortir du dossier toutes les auditions effectuées par la police fribourgeoise en Thaïlande. Soit de mettre à la poubelle de nombreux témoignages de victimes. Pour ce faire, Me David Aïoutz, avocat de la défense, a remis en cause le travail de la police, en soupçonnant celle-ci d’avoir orienté certains témoignages sur place, et même de soudoyer des témoins. Il s’est basé là sur un document thaïlandais comprenant 25 signatures confirmant cette manœuvre. Ce que la procureur Yvonne Gendre a contesté. «En Thaïlande, il n’existe pas de notaire. Ce sont les avocats qui effectuent ce travail. Et cette preuve a, certainement, été fabriquée par les avocats de Robert T., qui ont récolté les signatures le même jour dans le même village. Certains ont signé alors qu’ils sont illettrés.» En regardant la défense, elle a ajouté: «La manipulation est de l’autre côté de la barre!»
A ces propos, le prévenu, impassible jusque-là, a secoué la tête, puis tapé du poing avant d’affirmer que tout ceci n’était que «fabulations». Finalement, après délibérations, la Cour a rejeté la requête de la défense. Les témoignages récoltés en Thaïlande seront donc bien pris en compte.
Des témoignages que les trois enquêteurs ont décrits mercredi matin en audience. L’inspecteur Laurent Eggertswyler a d’abord précisé qu’en arrivant sur place, les Fribourgeois en savaient davantage sur l’affaire que leurs collègues thaïs.
Lors de l’audience, les enquêteurs ont également expliqué comment ils étaient parvenus à identifier les enfants. C’est l’inspectrice Menoud qui s’en est chargée durant six mois. «Il n’existe pas de logiciel. C’est en observant les photos que j’ai réussi à les reconnaître. Grâce à des détails, comme leurs oreilles, leurs bijoux ou leurs cicatrices.»


Un bienfaiteur
L’après-midi, après le visionnage de trois vidéos (voir ci-contre), Robert T. a subi un interrogatoire. Lorsque la présidente lui a demandé quelles étaient ses relations avec les habitants de son village en Thaïlande, il s’est décrit comme un bienfaiteur. Selon lui, il a accompli un «engagement social», en aidant le village à obtenir une route goudronnée et un réseau d’eau. Le Bullois d’origine a dit aussi avoir œuvré pour la lutte contre la drogue. «Les gens voulaient m’élire syndic. J’accomplissais des tâches sans rien attendre en retour. J’aidais la population.»
Dans son élan, et pour se dédouaner, Robert T. a ensuite expliqué que les enfants se baignaient nus dans sa piscine par tradition culturelle. «C’était comme ça en Thaïlande. J’avais acheté cinq caleçons de bain, mais ça ne suffisait pas.»


«Comme un père»
Puis, le prévenu a été interrogé sur sa sexualité. N’avouant qu’à demi-mot son homosexualité, l’homme qui a pris 5000 images pédopornographiques selon la présidente, a dit être «asexué». «Je n’ai jamais été très actif. Je n’ai jamais participé aux actes. Ce qui m’excitait, c’était de prendre des photos. Je ne me sens pas pédophile. Je me considère plutôt comme un père.»
A propos des images, Robert T. a avoué qu’il était bien conscient que ce n’était pas normal. «Je me sens coupable, notamment envers les plus jeunes.» Il a poursuivi, se justifiant: «Les enfants s’amusaient. Vous savez, en Thaïlande, ils commencent très jeunes. Certains faisaient ça entre eux dans la nature. Je leur ai alors proposé de le faire dans ma maison.» Il est ainsi vite retrouvé son axe de défense: il a aidé les enfants et il n’a jamais touché un garçon.
La suite du procès est attendue demain. ■

 

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Premier échec pour Robert T.

Mardi, le premier jour du procès de Robert T. s’est résumé à une matinée durant laquelle le Ministère public et les avocats ont plaidé à propos d’une question préjudicielle. Celle-ci portait sur le bien-fondé du procès. En effet, selon Me David Aïoutz, avocat de la défense, aucun jugement ne doit être rendu, étant donné que le prévenu a déjà été jugé et acquitté pour les mêmes accusations en Thaïlande. Il a évoqué l’interdiction de la double peine. Le principe ne bis in idem indique que nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement en raison d’une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné. Une loi que Robert T. a fait valoir, par le biais de son avocat. Ce dernier a déclaré que «la justice thaïlandaise avait fait son travail, bien ou mal, mais que Robert T. avait été acquitté.»
De son côté, la procureure Yvonne Gendre a exposé que l’accusé avait été jugé pour sa relation avec un garçon en 2005 et seulement quelques dizaines de photos. Alors que l’acte d’accusation évoque l’existence de milliers d’images et plus de huitante victimes, sur une période bien plus longue. La procureure a ensuite mis en lumière les incohérences du dossier thaïlandais. Ainsi, par exemple, «il n’est jamais signalé que les photos sont pédopornographiques».
Ou le fait qu’une seule phrase de Robert T. apparaisse dans ce jugement, alors qu’il a été entendu à six ou sept reprises. La procureure a également expliqué que les photos n’avaient pas été prises en compte pour le jugement. Autre argument: des milliers d’autres images n’avaient pas été analysées en Thaïlande, car il a fallu un travail laborieux d’experts helvétiques pour décrypter ces données particulièrement bien protégées.


Faire trembler toute la Suisse
En résumé, et selon la procureure, ce procès devait avoir lieu, le jugement thaïlandais de 2014 ne traitant pas de l’entier des accusations. En fin de plaidoirie, Yvonne Gendre a lu un courrier de Robert T. qui stipulait qu’il espérait, grâce à cet article, être acquitté et recevoir ensuite une compensation financière. Plus loin, il a affirmé vouloir faire trembler toute la Suisse en dénonçant de nombreuses personnes. «On reconnaît bien là son caractère manipulateur», a-t-elle dit. Après une après-midi de réflexion, la Cour a rejeté la requête de la défense. Le procès a pu reprendre mercredi matin. VAC

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