L’Institut La Gruyère en mauvaise posture

| sam, 13. oct. 2018

Par JEAN GODEL

GRUYÈRES. Les repreneurs de l’Institut La Gruyère (ILG), le groupe français Diderot Education, basé à Montpellier, peinent à suivre le plan de marche dévoilé le 30 avril (La Gruyère du 1er mai). Selon plusieurs témoignages concordants, tout ne se passerait pas comme prévu.

Ainsi, engagé au 1er juillet pour, notamment, garnir les bancs de nouveaux écoliers, le directeur général a-t-il été licencié dès la fin septembre. C’est qu’Aldrick Allal, président fondateur de Diderot Education, affirmait, en avril dans nos colonnes, vouloir accueillir à terme 70 élèves internes et 50 autres externes.

Or, à la dernière rentrée, ils étaient moins de 25, contre une trentaine un an plus tôt. «Les projets annoncés étaient intéressants et devaient permettre un essor rapide de l’ILG à l’international, mais on ne m’a pas donné les moyens de les concrétiser», se défend le directeur licencié contacté par nos soins, confirmant sa mise à pied. «Normalement, il faut parcourir le monde pour participer à des salons spécialisés et rencontrer les anciens élèves et leurs parents afin de mobiliser leurs réseaux.»

Ils n’ont pas postulé

Aldrick Allal affirmait aussi rechercher une quarantaine d’enseignants pour 30 EPT. Or, ils ne sont qu’une petite vingtaine actuellement, pour la plupart des ressortissants étrangers occupés à temps partiel. La quasi-totalité des anciens professeurs ont renoncé à postuler auprès du nouveau propriétaire. Et, parmi les deux seuls ayant été réengagés, l’un a déjà jeté l’éponge.

Cause de leur refus quasi généralisé: des conditions salariales nettement en dessous des pratiques dans l’enseignement privé suisse. Pour un plein temps, la baisse atteint 30 à 40% par rapport aux anciens salaires. Pourtant, en avril, quand il était question de reprendre tout le monde aux mêmes conditions, beaucoup se montraient confiants.

Les élèves, eux, s’étaient vu affirmer que la reprise de l’ILG se ferait dans la continuité, avec le même encadrement. Or, à la rentrée, le corps enseignant était presque intégralement renouvelé – le poste de professeur d’économie est d’ailleurs toujours à pourvoir. Et les enseignants ont eu la surprise de devoir acheter euxmêmes leurs manuels.

On reproche aussi à la nouvelle équipe de ne pas tenir ses promesses. Si le projet pédagogique annoncé, résolument différent, a d’abord pu séduire, le regroupement de classes de plusieurs niveaux a vite été jugé rédhibitoire – la direction est revenue en arrière pour les classes terminales.

De manière générale, on déplore un management autoritaire, un manque de concertation avec le personnel sur place, des décisions prises depuis la France et la non prise en compte de la réalité suisse.

Rachat pas encore effectif

Alors que, le 30 avril, Aldrick Allal annonçait le rachat de l’ILG «dans les prochaines semaines», le Registre foncier de la Gruyère indiquait hier que les bâtiments sont toujours en main des anciens propriétaires. S’agissant de l’acquisition d’immeubles par des étrangers, le dossier semble donc toujours en cours d’analyse à Berne. Ce qui expliquerait le retard pris par la rénovation du chalet, annoncée pour un million de francs.

Remous en France aussi

En France aussi, le management de Diderot Education provoque des remous. A l’école de Tersac – un internat privé du Lot-et-Garonne racheté en mars par Aldrick Allal – un conflit l’oppose à la vingtaine d’employés (sur cinquante) qui se sont vu proposer une rupture conventionnelle de leur contrat de travail. Une procédure refusée depuis par l’Inspection du travail du département. Une douzaine d’entre eux se sont adressés aux syndicats qui, nous ont-ils confirmé, préparent un recours aux prud’ hommes pour licenciement abusif.

Refusant de répondre en détail à nos questions, Aldrick Allal s’est fendu d’une réponse écrite dans laquelle il réfute en bloc tout problème à l’Institut La Gruyère. ■

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