La balade prometteuse de Rémi Bonnet sur ses terres

mar, 12. fév. 2019

PAR QUENTIN DOUSSE

Du millier de coureurs au départ du Trophée des Gastlosen, il était de loin le plus attendu. Et Rémi Bonnet n’a pas déçu, dimanche matin à Bellegarde. Le Charmeysan s’est montré impressionnant d’aisance du premier au dernier mètre de course. Une course aux airs de promenade pour l’enfant de la présidente et tenant du titre, à peine marqué par l’effort à l’arrivée. Tout le contraire de son coéquipier, le Français Gédéon Pochat, qui s’est démené pour rester dans les skis de Rémi Bonnet. Le duo franco-gruérien a relégué la concurrence à plus de huit minutes. Et l’addition aurait pu être plus salée encore si les leaders n’avaient pas «levé un peu le pied» dans les descentes rendues délicates par une neige cartonnée.

Il y avait donc Rémi Bonnet et les autres dimanche dans les Gastlosen. C’est simple, le Charmeysan a tout fait pour son coéquipier: le guide, le moteur et l’assistant. «En plus des montées, où il libérait la trace, Rémi m’a aidé aux changements en s’occupant de mes peaux et de mes bâtons, raconte Gédéon Pochat (24 ans). Rémi, même s’il est beaucoup plus fort, sait faire profiter intelligemment de ses qualités. Il y a beaucoup à apprendre d’un gars comme lui. En plus, ce n’est pas quelqu’un qui se prend la tête, au contraire.»

Le duo a classé l’affaire dès la première montée, comptant déjà trois minutes d’avance au sommet du Grat, après 45 minutes d’effort. Rémi Bonnet a donc eu tout loisir de profiter sur «son» terrain de jeu. «C’est en course qu’on fait les meilleurs entraînements, souligne le Charmeysan. Ce Trophée m’a permis de faire une bonne intensité sans trop puiser dans mes réserves. Je me suis vraiment senti bien et cela me conforte dans l’envie de réaliser de bons championnats.»

Objectif titre mondial

Rémi Bonnet parle là des Mondiaux, qui se tiendront dans un mois à Villars. Le Gruérien, même en retrait de l’équipe nationale cet hiver, ne veut manquer le rendez-vous pour rien au monde. «Un titre mondial à domicile, devant les copains et la famille, ça n’arrive qu’une fois dans une vie, se réjouit l’intéressé. Je suis bien en jambes et je pense que je peux faire quelque chose.» Le skieur-alpiniste ne fait pas un mystère de ses objectifs, forcément élevés. «Je viserai le titre sur l’épreuve verticale et le podium sur l’individuelle. J’ai vu en Andorre (n.d.l.r.: il a notamment terminé 2e en verticale) que j’en étais capable, même si cela m’avait étonné sachant que je n’avais entraîné ni le rythme de course ni les manipulations.»

Si ses ambitions restent inchangées, son approche, elle, semble avoir évolué. Moins axée sur le résultat, davantage sur le plaisir et le relâchement. Tactique gagnante si l’on s’en réfère à la forme affichée dimanche dans les Gastlosen. «Avant, je pense que j’en faisais un peu trop (à l’entraînement). Cet hiver, je suis plus libre. Je skie sans pression ni obligation. Et cela me réussit mieux finalement.»

Les frissons au Régiment

S’ils ne guerroient pas exactement dans la même catégorie, les potes gruériens Romain Guillet et Maxime Brodard ont honoré leur rang dimanche à Bellegarde. Terminant à nouveau à la 3e place, à dix minutes de la victoire. «J’ai manqué de rythme et Maxime a dû sortir l’élastique dans les deuxième et troisième montées, admet Romain Guillet. Heureusement, j’ai pu m’alimenter et donner le tour dans l’ascension en direction du Régiment.» Un endroit qui fait année après année la renommée du Trophée pour son ambiance conviviale. Combien de coureurs nous ont confié «avoir eu les frissons» au passage du Régiment? «Parmi les spectateurs, il n’y a que des têtes connues. Alors même si j’étais dans le mal à ce moment précis, j’ai réussi à savourer.» Les encouragements et le son des cloches pour faire oublier les souffrances endurées: elle est sans doute là, la recette gagnante du Trophée. ■


RÉSULTATS

27e Trophée des Gastlosen à Bellegarde, résultats des meilleurs régionaux

Parcours A (19 km, 2290 m de dénivelé)

Hommes, classement scratch: 1. Rémi Bonnet/Gédéon Pochat (France) 2 h 24’44; 2. Sandro Schlegel/Geri Schneider 2 h 33’05; 3. Maxime Brodard/Romain Guillet 2 h 34’36; puis: 5. Damien Bapst/Patrick Fragnière 2 h 36’42; 7. Simon Remy/Marc Jenny 2 h 36’58; 9. Nicolas Philipona/Rémy Dénervaud 2 h 41’46; 10. Benoît Guex/ Thierry Marchon 2 h 42’15; 11. Dabid Brodard/Eloi Schornoz 2 h 48’15; 13. Ivar Savary/Gilles Bapst 2 h 51’35; 15. Thierry Charrière/Xavier Dafflon 2 h 52’41; 30. Alexandre Dimitriou/Yvan Jeannerod 3 h 06’58 – 278 équipes classées.
Dames, classement scratch: 1. Séverine Pont-Combe/Laetitia Roux 2 h 57’45; 2. Séverine Girard/Eugénie Schornoz 3 h 09’55; 3. Ilona Chavaillaz/Paola Cavalli 3 h 11’26; puis: 7. Séverine Remy/Caroline Kilchenmann 3 h 34’53; 10. Anne Favre/ Vanja Kistler 3 h 48’46; 13. Nicole Beaud-Tornare/Marjorie Ulrich 4 h 11’03; 14. Joëlle Livache/Agathe Overney 4 h 13’16; 15. Laure Baudois/Florence Bourquenoud 4 h 23’19 – 25 équipes classées.

Parcours B (11,8 km, 1350 m de dénivelé)
Hommes, Fun populaire:
1. Jonas Schouwey/François Glasson 1 h 55’29; 2. Patrick Perrottet/Antoine Perrottet 1 h 59’09; 3. Vincent Bugnard/Raoul Beaud 2 h 01’25; puis: 5. Julien Kolly/Florian Rausis 2 h 13’20; 6. Nicolas Chenaux/Thoma Chenaux 2 h 13’52; 8. Xavier Héritier/Florian Jacquier 2 h 18’20; 10. Damien Menoud/Maxime Jaquier 2 h 20’59 – 90 équipes classées.
Juniors: 1. Thomas Bussard/Robin Bussard (meilleur chrono du parcours) 1 h 33’06; puis: 4. Jérémy Muriset/Justin Menoud 1 h 55’56 – 9 équipes classées.
Dames, Fun populaire: 1. Stéphanie Chablais/Valérie Bugnard 2 h 20’47; puis: 3. Bibiane Deillon/Mélinda Chavaillaz 2 h 40’42; 5. Mathilde Pipoz/Isabelle Pipoz 2 h 42’31; 7. Fabienne Pharisa/Karine Magnin 2 h 47’50 – 23 équipes classées. Juniors: 1. Manon Livache/Pascaline Gremion 3 h 15’07 – 2 équipes classées.
Fun populaire mixte: 1. Alessandra Schmid/ Benjamin Borlat 1 h 50’32; 2. Noémie Overney/Eric Overney 2 h 08’49; puis: 6. Lisa Ruffieux/Damien Ruffieux 2 h 21’42; 8. Valentine Moret/Thierry Moret 2 h 25’49 – 48 équipes classées.


Les Bussard plus forts que le vent

Il était 10 h 05 lorsque deux jeunes hommes, équipés à l’identique de la tête aux pieds, ont déboulé les premiers dans l’aire d’arrivée située devant la colonie Gastlosen. «C’est mes petits préférés», s’exclame Isabelle Rime. Aux anges, la présidente d’organisation ne s’est pas trompée lorsqu’elle a nommé ses favoris sur le petit parcours, au départ d’Abländschen. En 1 h 33, les cadets Thomas et Robin Bussard (16 ans) se sont offert une première victoire au Trophée, vingt et un ans après celle de leur papa François sur le tracé original. Un succès aisé pour les frères jumeaux d’Albeuve, à peine freinés par les conditions tempétueuses sur les hauteurs. «Je n’avais jamais couru avec autant de vent! note Thomas. Nous étions presque à quatre pattes au col du Loup.» Membres de l’équipe nationale, les deux Gruériens devraient – sauf surprise – prendre part à leurs premiers championnats du monde, début mars à Villars. En attendant la sélection officielle, les frères Bussard ont soigné leur confiance dimanche au Trophée. Une course qui revêt une signification particulière pour les frangins. «Gagner sur le grand parcours? Ça fait rêver et on y pense, bien sûr, poursuit Robin. Mais on a encore largement le temps.»


Des «néophytes» âgés de 122 ans

Histoire de frangins, bis. Après les jeunes loups Bussard, les routiniers Félix et Nicolas Gueissaz. Signe particulier des deux frères venus de Neuchâtel et Lausanne? Ils formaient l’équipe la plus âgée de cette 27e édition, affichant 122 ans d’expérience à eux deux. «Eh bien, celle-là, c’est la première fois qu’on nous la sort», se marrent les frangins, tout surpris, mais loin d’être ridicules sur le petit parcours achevé en 3 h 05. Au-delà du chrono, Félix et Nicolas Gueissaz retiendront les paysages traversés au Trophée. «Ces montagnes sont marquantes par leur profil, on se croirait presque dans les Dolomites», déclare Nicolas, ravi de sa première en Gruyère. «C’est sûr qu’on reviendra, sur le grand tracé cette fois-ci», promet Félix. Même privé du soleil, le Trophée a conquis son monde. A commencer par ses coureurs les plus expérimentés. QD


Au bonheur de Laetitia Roux, évidemment

Comme chez les hommes, il n’y a pas eu de place au suspense dans la course féminine. La faute à la grandissime favorite Laetitia Roux (photo), associée à la Valaisanne Séverine Pont-Combe. Les deux dames, qui préparent la prochaine Pierra Menta, ont été impériales dimanche sur le tracé gruérien, bouclé en 2 h 57. Pour juger leur performance, on relèvera que seuls 20 tandems masculins ont été plus rapides. La Française Laetitia Roux a apprécié sa première en Gruyère, qui fut également sa première course depuis son retrait du circuit de la Coupe du monde. «Le sentiment était bizarre au départ, ce n’était pas évident de trouver le bon rythme. Même si treize ans de compétition, ça ne s’oublie pas. Mon caractère de coureuse a rapidement pris le dessus.» La skieusealpiniste de 33 ans a ainsi pu apprécier le décor des Gastlosen, «surtout le magnifique premier couloir (du Grat)». Dans l’aire d’arrivée, Laetitia Roux a pu mesurer sa cote de popularité, devant enchaîner les selfies à la demande des populaires. «Je suis toujours impressionnée par le nombre de gens qui me suivent. Je suis en tous les cas fière de porter le ski-alpinisme au féminin. Surtout dans une ambiance belle et très fair-play comme ici.»

La journée a également été pleinement réussie pour Séverine Girard (Estavannens) et Eugénie Schornoz (Les Paccots), deuxièmes à douze minutes de l’intouchable duo Roux/ Pont-Combe. Même dépossédée de son titre acquis l’an dernier, l’équipe «Tornay/Pharisa» (référence chère à leur nom de jeune fille) ne retenait que le positif. «Avec la concurrence présente, on partait pour un top 5, voire un podium, accorde Séverine Girard. Alors on est super contentes.» Souffrant à tour de rôle, les deux Sudistes ont dû sortir l’élastique «pour maintenir le rythme» et conserver leur 2e place. Une sorte d’avertissement pour les deux amies, elles aussi venues pour préparer la Pierra Menta. «Ça me fait justement un peu peur, reprend Eugénie Tornay, parce que si notre niveau est assez homogène, il me reste encore du travail à l’entraînement. Je ferai un pas après l’autre et je verrai bien.» Séverine Girard tente alors de la rassurer: «De toute façon, c’est la tête qui décide!» Parole d’une coéquipière solidaire. QD

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