Les organisateurs du giron de Farvagny rament toujours

| sam, 10. Jan. 2015
Cinq mois après la manifestation, le comité peine à trouver les 220000 francs manquants. Des démarches nombreuses, mais peu fructueuses. Les membres du comité en débiteurs cosolidaires.

PAR XAVIER SCHALLER

Les girons de jeunesses sont considérés comme de véritables «pompes à fric». Sauf que Farvagny 2014 a laissé autant de dettes que d’excellents souvenirs. Réussite populaire, le premier giron cantonal a en effet accumulé 220000 francs de pertes. «Les factures en attente vont de 2000 à 40000 francs», détaille Vincent Neuhaus, président du comité d’organisation.
Depuis l’annonce du découvert, le 27 octobre 2014, les organisateurs ne sont pas restés les bras ballants. Au lieu d’organiser le fastueux voyage dont ils rêvaient et répartir les bénéfices, ils cherchent des solutions pour éponger leur dette. «Bien sûr, après deux ans et demi d’intense activité pour le giron, certains ont d’autres priorités», constate Vincent Neuhaus. Lui-même avait mis ses études de génie mécanique entre parenthèses durant une année. De plus, il est logique selon lui que ceux qui ont travaillé avec les entreprises négocient avec elles. «A 99%, nos créanciers se montrent très compréhensifs et font tout leur possible pour trouver des arrangements: délais de paiement rallongés, paliers ou rabais supplémentaires. Mais ils ne pourront quand même pas attendre des années.»


Georges Godel les conseille
Vincent Neuhaus n’a pas hésité à demander aide et conseil. Depuis octobre, une ou deux fois par mois, le vice-président, le caissier et lui-même rencontrent le syndic de Farvagny, Bernard Eltschinger, afin de faire le point. «La chancelière Danielle Gagnaux-Morel et le conseiller d’Etat Georges Godel ont également accepté de nous aider.» Tous deux précisent qu’ils effectuent ces démarches à titre privé. «Nous avions fait connaissance durant la fête que j’avais visitée avec ma collègue Anne-Claude Demierre», se souvient Georges Godel. Après la manifestation, Vincent Neuhaus lui a demandé son appui pour rechercher des solutions avec les différents fournisseurs et tenter d’équilibrer les comptes. «Si j’ai accepté de leur donner un coup de main, c’est que j’ai trouvé que ces jeunes avaient fait un travail très important et remarquable d’organisation et donné une bonne image de la jeunesse de notre canton.»


Un minigiron en 2015
Vincent Neuhaus espère également quelques revenus supplémentaires. Solidaire du comité d’organisation, la Société de jeunesse de Farvagny va participer à l’effort, lors des manifestations à venir. «Durant le giron, les membres ont assuré mille sept cents tranches horaires de quatre heures durant le giron. Ils n’auront pas le voyage prévu en récompense et ils acceptent encore de donner de leur temps», salue Vincent Neuhaus. L’assemblée a ainsi accepté que les bénéfices de la prochaine fête des cucards servent à payer les dettes. «La société ne gardera que la somme nécessaire à ses frais de fonctionnement.» Fin mai, elle va aussi organiser Farva 2015, un genre de minigiron sur un week-end.


Dons encore peu nombreux
Un appel aux donateurs, sur la plate-forme www.go-heidi.com, n’a récolté que 3670 francs depuis le 17 novembre 2014. Quant au voyage à la fête de la bière de Stuttgart, proposé sur le site internet de Farvagny 2014, il a été annulé. «Le voyagiste nous offrait 40 francs par inscription, indique Vincent Neuhaus, mais nous n’avions pas pu réunir assez de participants.»
 Toutes les sociétés de jeunesse et toutes les communes du canton ont également été sollicitées. Sans beaucoup de succès. Sur 164 communes contactées, une quinzaine a pour l’heure répondu, pas toutes positivement. «Comme les entreprises, de plus en plus de communes ont des chartes pour gérer leurs dons. Beaucoup ne soutiennent que les actions régionales ou communales et ne pourront pas faire d’exception.»
Il reste aussi quatre containers et la fameuse tonnelle en bois à vendre. Intéressé, l’Etat de Fribourg hésite à l’installer à la Fête de lutte Estavayer 2016, pour la promotion cantonale.
Contrairement à certaines rumeurs, il ne devrait plus y avoir de mauvaises surprises et de frais supplémentaires, assure Vincent Neuhaus. Même si le terrain n’est pas encore totalement en état: la terre végétale doit encore être remise en place. «Quarante-cinq soldats ont travaillé dix jours, mais n’ont pas pu terminer, à cause de l’humidité. Leur intervention a été payée par la commune, que nous allons si possible rembourser. Ces coûts sont marginaux par rapport au reste.»

 

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«J’essaie de voir le bon côté des choses»
Bilan. «Il faudrait être con et borné pour dire qu’on n’aurait rien changé, avoue Vincent Neuhaus. Mais j’essaie de voir le bon côté des choses. Ce fut une expérience exceptionnelle et la fête fut réussie, tout le monde le reconnaît.» Pour rappel, la météo avait joué un bien mauvais tour aux organisateurs. La terre du terrain de fête était tellement détrempée qu’elle avait dû être évacuée et remplacée par des masses de copeaux. «Le coût de l’opération, 170000 francs, n’a pas pu être amorti.» La fréquentation avait dépassé les attentes, 115000 visiteurs au lieu des 80000 prévus, mais la consommation avait été décevante, vingt francs par participant contre trente escomptés.
Le système de bracelets de paiement a également soulevé des interrogations. «Le temps d’attente pour acheter ou re-charger les bracelets a été exagéré: il était de vingt minutes au maximum, peut-être trois quarts d’heure au plus fort du 31 juillet. C’était clairement un bon système. D’autant plus utile maintenant qu’il y a un déficit.» Grâce aux données collectées, tout a pu être analysé: ce qui a été vendu, où et à quelle heure. «Je sais ce qui aurait dû être dimensionné différemment.» Mais il admet que mettre toutes les caisses à l’entrée était peut-être une erreur. Au sein du comité, chaque membre a fait un bilan de son secteur. «Il faut être constructif. Notre expérience doit servir pour l’édition suivante.»
Après la manifestation, les rumeurs les plus diverses ont circulé. «Lundi, le jour de ma rentrée à l’école d’ingénieurs, un étudiant m’a demandé s’il était exact que notre déficit avait grimpé à 800000 francs… Je n’ai pas non plus hypothéqué ma maison pour financer le giron – d’ailleurs je n’ai pas de maison. Et le terrain n’a pas été bétonné en profondeur pour stabiliser la tonnelle. Nous avons utilisé 20 m3 de béton, mais en surface.» XS

 

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Membres du comité solidaires de la dette

Qui est responsable de la dette? Avec un tel déficit, la question se pose évidemment. Pour le giron cantonal, les contrats ont été signés au nom de Farvagny 2014. «La forme juridique est donc la société simple, ce qui rend les neuf membres du comité légalement débiteurs cosolidaires», explique Pascal Lauber, préposé à l’Office des poursuites de la Gruyère. «En cas de société simple, chaque membre de la société répond des dettes, de manière solidaire.» Dès lors, les créanciers pourraient décider d’activer des poursuites contre chaque membre du comité d’organisation.
«Ce serait à refaire, nous créerions peut-être une association, explique Vincent Neuhaus. Vu le caractère éphémère de la manifestation, nous avions pensé que ça ne se justifiait pas. Nous avons donc réuni un comité puis “Front ma main et gaz”.» Beaucoup d’enthousiasme et un peu d’inconscience donc. Peut-être n’imaginaient-ils pas le déficit possible. La météo en a décidé autrement. Comment se présenteraient les choses si les contrats avaient été signés au nom d’une association? «Cette dernière
répond seule de ses dettes, indique Pascal Lauber. A moins que les statuts prévoient explicitement une autre formule, ce qui arrive rarement.» Il est rare que des poursuites soient engagées, car en général, les associations n’ont pas d’avoirs qui peuvent être récupérés. Dans un second temps, les créanciers peuvent néanmoins se retourner contre les membres de la société. «Mais pour que leurs biens soient saisis, une gestion incorrecte ou frauduleuse doit être démontrée», explique Pascal Lauber.
L’exemple de Farvagny devrait inciter de nombreux organisateurs à plus de prudence. Agissant pour le bien de leur société, ils peuvent sans s’en rendre compte se mettre en danger. XS

 

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«Commencer plus modestement»
Depuis près de soixante ans, les jeunesses vaudoises organisent de gigantesques girons cantonaux, appelés cantonales. Christophe Gatabin, président de la Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes (FVJC), se réjouit que les Fribourgeois se soient également lancés. «Au vu du succès et de la fréquentation, l’idée est bonne. Mais je leur aurais conseillé de commencer plus modestement. Il y a forcément plus de risques quand on manque de références.»
Aucune cantonale vaudoise n’a jamais fait de déficit. «Mais ces manifestations ont grandi gentiment, précise Christophe Gatabin. Avec l’expérience accumulée, le risque est moindre.» D’autant que cinq membres de la FVJC intègrent d’office les comités d’organisation mis en place par la jeunesse locale et veillent à ce que le budget n’enfle pas trop. «Actuellement, nous tablons sur 120000 visiteurs, pour un budget inférieur à deux millions de francs.»
Les organisateurs de Farvagny avaient rencontré les responsables des cantonales de Bavois 2008 et Colombier 2013. «Nous n’avons pas obtenu tous les chiffres, loin de là, explique Vincent Neuhaus, président de Farvagny 2014. Même quand on a un budget ou des estimations, on ne peut pas se baser dessus.» En 2011, la Fédération fribourgeoise des jeunesses a été créée. «En l’état des choses, c’est Farvagny qui la fait profiter de ses expériences et non l’inverse, constate Vincent Neuhaus. La Fédération sera surtout utile pour les prochains girons cantonaux.» S’il y en a. XS

 

 

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