Un fortin d’artillerie de l’armée à vendre à un prix canon

| jeu, 21. Jan. 2016

Armasuisse veut se séparer d’un bunker situé à Bellegarde. Cantons, communes et privés peuvent se mettre sur les rangs. Si le prix est bas – 10000 francs environ – les frais de rénovation s’annoncent exorbitants. De nombreux acheteurs potentiels se sont rendus à la visite. Beaucoup ont dû déchanter.

PAR JEROME GACHET

«J’aimerais voir ce fortin de l’intérieur depuis que je suis gamine. Mais avec les militaires, ça a toujours été impossible.» Plusieurs décennies plus tard, cette dame avait bon espoir de réaliser ce vieux rêve avec la visite organisée par Armasuisse…
Le secret défense s’est éteint en même temps que la guerre froide, mais les portes de ce fortin sont restées closes jusqu’à hier après-midi. De mémoire de villageois, l’endroit a encore été fréquenté par les soldats jusque dans les années 1980 avant d’être laissé à l’abandon.
Aujourd’hui, il est à vendre. L’annonce a paru sur un portail immobilier comme n’importe quel autre bien. Sauf le prix: 10000 francs pour une surface totale de plus 3000 mètres carrés!
C’est là que les rêves de posséder son propre bunker et de le réaffecter selon ses besoins traversent l’esprit. Mais l’imagination capitule dès l’entrée dans les locaux…


Une centaine de marches
Une cinquantaine de personnes, provenant de toute la Suisse, ont pris part à la visite menée par Jean-Pierre Mesot, collaborateur d’Armasuisse. L’accès se fait sur la gauche de la route cantonale, en sortant du village. Après une centaine de marches, on s’engouffre dans les entrailles de la montagne. De longs couloirs creusés dans la roche, des escaliers glissants et des petites pièces, dont trois permettant d’installer un canon, une arquebuse, une mitrailleuse, des mousquetons ou de balancer des grenades.
C’est à cet effet que le bunker a été construit, en 1941. Après la victoire éclair de l’Allemagne sur la France, l’armée suisse se rend à l’évidence: face aux troupes d’Hitler, elle ne tiendra pas longtemps. De là naît l’idée du Réduit national.
«Ce fortin devait servir à protéger le col du Jaun, qui constituait la porte d’entrée du Réduit. Un autre fort de ce type se trouve de l’autre côté de la vallée afin de pouvoir croiser les tirs, expose Christian Vaucher. Guide aux fortifications de Saint-Maurice, le Valaisan est venu en passionné. Il ne déposera pas d’offre: «Il y a des bunkers en meilleur état que celui-là. Ils ont souvent été construits dans l’urgence.»


Et l’assainissement…
Tout le problème est là: si le prix demandé par Armasuisse est dérisoire, il ne représente que la pointe de l’iceberg. Le propriétaire risque en effet de devoir assainir le bâtiment, notamment le désamianter et le déplomber. Sans oublier que l’endroit, s’il n’a pas l’électricité ni l’eau courante est inondé une ou deux fois par année…
Et selon Margrit Schwaller, chargée de communication à Armasuisse, il ne sera pas possible d’utiliser le fortin comme lieu de stockage.
Voilà qui a refroidi les ardeurs de plusieurs acheteurs potentiels. Comme ce groupe d’amis qui, attiré par le prix, se serait bien vu entreposer des bouteilles de vin ou des meubles.
Le futur propriétaire pourrait en revanche se trouver parmi les nombreuses associations de promotion du patrimoine militaire. Plusieurs d’entre elles, comme l’Association suisse pour l’étude des armes et armures (ASEAA), ont fait le déplacement.
Autre piste intéressante, la société Subsa S.àr.l., basée à Cerniat, qui utiliserait le fort en l’état pour y effectuer différents tests. Les frères Jacques et Michel Demierre, spécialistes de travaux souterrains (minage, sauvetage, communication), s’intéressent au bunker depuis cinq ans.
Les cantons, communes – priorité sera donnée aux collectivités publiques – et privés ont jusqu’au 16 février pour déposer leur proposition. Le lot devrait alors être attribué au plus offrant. Le propriétaire devra alors obtenir une autorisation de construire auprès du canton dans les six mois.
Pour en revenir à notre dame de La Villette… Elle n’est pas venue dans l’idée d’acheter. Juste pour voir si ce qu’elle imaginait correspond à la réalité. Trop tard, il est 15 h et les portes du fortin sont à nouveau fermées.

 

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