Une victoire de plus pour Cesa et Baroncelli

jeu, 28. fév. 2019

PAR JEAN GODEL

Il n’est pas encore dit que ce soit là le clap de fin de l’affaire des peintures murales du Moderne. Le 19 février, le Tribunal cantonal (TC) a une nouvelle fois rejeté le recours, datant d’octobre 2014 déjà, de l’architecte genevois Michel Acquaroli, propriétaire du bâtiment, contre une décision de Patrice Borcard. En septembre 2014, le préfet lui avait ordonné la remise en état des fresques endommagées de Jacques Cesa et Massimo Baroncelli. Rappel des épisodes survenus depuis.

En mai 2016, le TC avait donc déjà rejeté, et plutôt sèchement, ce recours. Il reconnaissait aux œuvres des peintres gruériens une valeur artistique, affirmait qu’elles bénéficiaient de la même protection – maximale – que le bâtiment lui-même et chargeait le préfet de faire procéder à leur restauration (La Gruyère du 28 mai 2016).

Recourant, Michel Acquaroli a partiellement obtenu gain de cause au Tribunal fédéral, lequel a estimé que le rapport sur lequel le TC s’était basé était insuffisamment étayé (La Gruyère du 13 décembre 2016).

Nouvelle expertise

Depuis, le TC a donc étoffé son dossier en confiant une nouvelle expertise, cette fois au spécialiste bernois Franz-Josef Sladeczek, qui a rendu sa copie en janvier 2018. En substance, l’expert a reconnu aux peintures murales de Cesa et Baroncelli une valeur patrimoniale «indéniable» des points de vue artistique et historique, mais quelque peu restreinte sur le plan culturel.

Avec la fin, après deux ans seulement, de l’exploitation de la salle de spectacle à laquelle elles menaient, elles qui en décoraient la cage de l’escalier d’accès, les peintures ont en effet perdu de leur rayonnement culturel, estimait Sladeczek (La Gruyère du 30 août 2018). De fait, la population bulloise n’y a plus accès depuis la fin des années 1980.

Premier jugement confirmé

Pourtant, après avoir encore entendu les parties, le TC vient de confirmer son premier jugement. Estimant d’abord que le second expert a répondu «avec toute la clarté attendue d’un historien de l’art» aux questions posées. Il n’y a donc plus à mettre en doute les valeurs historique et artistique des œuvres, encore moins la reconnaissance des auteurs.

Et peu importe leur moindre rayonnement culturel du moment que l’expertise conclut, sans l’ombre d’un doute, à l’existence d’une valeur patrimoniale de niveau régional. Car ces peintures sont liées à «un épisode déterminant» du destin du Moderne – son sauvetage de la démolition en 1985. Voilà qui justifie qu’on les protège, estime le TC. Lequel va jusqu’à suggérer que les «vicissitudes actuelles qui les accablent» renforcent même leur force symbolique, leur faisant partager la valeur culturelle du Moderne lui-même…

Retour au préfet

Reste la question de la remise en état des œuvres. Force est de constater que, dès 2014, la situation a changé. Les peintures, d’abord simplement endommagées, ont quasiment disparu en septembre 2017, quand l’entreprise mandatée par le propriétaire a enlevé de manière peu orthodoxe les tapisseries censées les protéger. Et l’an dernier, Jacques Cesa est décédé.

Le TC renvoie donc à la Préfecture de la Gruyère la question du rétablissement de l’Etat de droit. Pour nouvelle décision, en accord avec les autorités spécialisées.

Or, prenant position en juin 2018, avant même la mort de Jacques Cesa, la Commission des biens culturels (CBC) a donné de précieuses indications sur la procédure préconisée. A savoir une restitution par un restaurateur d’art, sur la base de ce qui reste de l’œuvre et des sources iconographiques disponibles, avec l’aide des artistes. Et non une reconstitution à main libre par les artistes eux-mêmes.

Expérience faite, justifie la CBC, bien des restaurations ont été possibles dans des bâtiments anciens du canton malgré l’état de conservation fortement altéré des décors peints. Que l’un des artistes ne soit plus en vie n’y change rien.

Dès la semaine prochaine

Pierre Mauron, avocat de la Préfecture et des artistes, estime que la reconnaissance des peintures à leurs justes valeurs artistique et culturelle marque une victoire contre un promoteur «qui a toujours souhaité leur disparition». Il précise que tant Massimo Baroncelli que les héritiers de Jacques Cesa maintiennent leur exigence d’une restauration intégrale.

Quant à Patrice Borcard, il entend instruire l’affaire dès la semaine prochaine, quand bien même la partie adverse peut recourir auprès du Tribunal fédéral. Il va notamment demander au Service des biens culturels et à la CBC les informations qui lui permettront de se déterminer sur les modalités de la remise en état et leur proportionnalité.

Enfin, Jérôme Magnin, avocat du propriétaire, veut examiner avec lui l’arrêt du TC avant de décider des suites à donner. ■

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